Espace Cultures

L’objectif de l’Institut du Pacifique est de développer les études et recherches sur la « Région Pacifique », souvent mal connue. Si bien entendu les aspects géopolitiques et économiques, à la fois dans leur globalité et dans leurs composantes nationales, sont toujours privilégiés dans notre cercle, la connaissance des populations et des civilisations est un élément important complémentaire. Nous vous proposons donc une rubrique « culture » qui pourra comporter des fiches de lecture, des comptes-rendus d’expositions, de films ….

Et bien entendu, nous comptons sur la participation de tous les adhérents de notre association.

 Les points de vue exprimés n’engagent que leurs auteurs.


« Rouge vif : l’idéal communiste chinois » d’Alice Ekman

Editions de l’Observatoire, février 2020

Source : https://www.editions-observatoire.com/

L’oppression au Xinjiang et au Tibet et la tragique mise au pas de la démocratie de Hong-Kong ont enfin fait admettre à l’opinion occidentale la brutalité du gouvernement de Xi Jinping. Cependant il reste un vague relent de l’idée fausse (qui a inspiré la politique de Bush fils aussi bien – ou plutôt mal –  que de Clinton) selon laquelle l’enrichissement de la Chine la ferait inéluctablement virer du communisme au libéralisme. Funeste fukuyamisme[1]  qui a ébloui trop d’acteurs qu’il aurait fallu éclairer !

Cet espoir ne reposait sur rien d’autre qu’une spéculation infondée, mais la bibliographie pour le démontrer est indigente. C’est pourquoi le livre d’Alice Ekman, sinologue qui émaille ses références chinoises de traductions personnelles, est le bienvenu.

Il s’articule en deux parties, encadrées d’une introduction qui retrace les évolutions chinoises depuis l’apparition de Xi Jinping comme dirigeant présumé puis confirmé, bientôt devenu seul maître du dogme – à  apprendre par cœur dans le texte – et d’un épilogue qui réaffirme l’existence du modèle chinois en confirmant sa mise en exécution. C’est l’avantage d’un système qui peut choisir comme horizon 2049[2], et non pas la prochaine déclaration à faire au journal télévisé suivant !

La première partie présente dix constatations, évidentes sauf mauvaise foi, sur la gouvernance chinoise : c’est celle du parti unique, le PCC.

La première est que le credo communiste n’a jamais été renié[3], même du temps de Deng Xiaoping, si bonhomme et patelin mais qui conservait toute sa dureté en cas de « besoin »[4]. La deuxième est que les mesures fondamentales d’encadrement de la population, même l’injuste et cruel hukou, n’ont jamais été abrogées mais seulement éventuellement aménagées. Non seulement la structuration par le parti demeure, mais encore a-t-elle été renforcée depuis l’avènement de Xi Jinping. La troisième est l’application de cette règle dans l’économie, en conservant des entreprises d’État qu’on avait cru voir bientôt passer en système « public-privé ». La quatrième est la préservation des méthodes de propagande et d’encadrement de la pensée, la « pensée Xi Jinping » s’ajoutant à la « pensée Mao Zedong » dans un même culte obligatoire (au moins pour les cadres et ceux qui espèrent le devenir) de la personnalité du chef tout-puissant. Comme le précise la cinquième, cette pensée est devenue matière d’étude obligatoire, avec des séances cumulant l’enseignement de la parole, la mise en accusation des tièdes et l’autocritique héritée des pires moments du maoïsme. L’extorsion d’aveux programmés est devenue courante. L’accusation de corruption, en particulier, a permis d’éliminer toute opposition. La campagne n’épargne personne « des mouches aux tigres », frappant dans toute la société, même au niveau d’un ex-chef de la sécurité du temps de Hu Jintao, ex-membre du XVIIème comité permanent du Bureau politique, Zhou Yongkang, ou l’ex vice-président de la commission militaire centrale, Xu Caihu. A la trappe les opposants, comme chez le père Ubu.

Le sixième constat, que le PCC ambitionne de gérer « les masses » (et plus encore les élites) de façon absolue a trouvé son illustration dans le passeport citoyen qui utilise toutes les ressources électroniques et informatiques modernes. Ce système à points régit la vie du citoyen en lui permettant ou en lui interdisant certaines actions selon son score. Il peut relever ce score par des actions méritoires… ou par l’étude de la « pensée Xi Jinping ». Une application sur smartphone est dédiée à cet effet, d’autres tracent itinéraire et communications du porteur. On quitte Alfred Jarry pour Georges Orwell. Le septième met en valeur l’exploitation de la culture au service de la Chine, et surtout du PCC. Le huitième explore la supervision du système éducatif et de la recherche par le PCC. Une telle mainmise ne pouvant pas souffrir de concurrence, le neuvième constat traite de la lutte contre les religions autres que le marxisme-léninisme sauce maoïste. Le dernier constat est celui de l’omniprésence des symboles de cette nouvelle quasi-religion qui exige une foi absolue – et la contrôle.

La deuxième partie tire les conséquences de ces constatations, accessibles à tout visiteur, mais confirmées par les traductions de passages expressifs en chinois qui, quel hasard, ne sont pas traduits pour les occidentaux dans les publications officielles. Dans le domaine intérieur, c’est la domination omniprésente d’un PCC de 90 millions d’individus, dont le tiers est né sous Deng Xiaoping. Cet encadrement strict, lui-même soumis à la possibilité d’enquête par la très sévère Commission centrale de l’Inspection disciplinaire (CCDI), permet l’orientation fine du presque milliard et demi dans son comportement – même privé.

Dans le domaine des relations internationales, nous avons tous pu constater l’évolution de la posture chinoise. Discrète tant qu’elle restait faible – selon les instructions de Deng Xiaoping – la Chine s’affirme sous Xi Jinping maintenant qu’elle dispose de moyens financiers lui permettant de contraindre les autres. L’épisode des pas en avant vers une forme de capitalisme déguisé n’était qu’une feinte et un moyen de progresser. Désormais la Chine se sent capable d’apparaître dans sa forme maoïste en critiquant les autres régimes et s’affiche comme modèle, en particulier pour les pays en développement qu’elle cherche à orienter. D’où son action culturelle et formatrice, qui lui permet d’enseigner les normes qu’elle veut promouvoir en remplacement de celles de l’Occident. L’initiative « de la route et de la ceinture » des transports, la BRI ou « Nouvelles routes de la Soie », en est une illustration[5]. L’entrisme chinois dans les instances internationales en est une autre – même s’il ne faut pas exagérer son importance[6]. La Chine cherche à apparaître comme un pôle international, et comme tel veut attirer le plus de pays dans son mouvement. Elle n’hésite plus à critiquer, à fustiger les autres et les excès de langage de Lu Shaye, l’ambassadeur à Paris, avaient certainement été préparés à Beijing[7]. Se fait jour une défiance envers l’Occident qui se mue souvent en opposition franche où la Chine cherche à entraîner ses alliés qui se sentent bien souvent très gênés. Enfin, le comportement irréfléchi  de l’Occident envers la Russie de Vladimir Poutine a rejeté celle-ci vers une collusion sinon une alliance avec la Chine de Xi Jinping.

L’épilogue s’interroge sur la lutte des deux systèmes, avec des visions diamétralement opposées de la place de l’individu dans la société, compétition qui gagne l’ensemble du monde et risque de le trancher en deux camps. L’opposition n’est donc pas près de se dissiper et les sujets de Hong-Kong et de Taïwan apparaissent brûlants.

Paru en février 2020, avant l’éclosion de la pandémie Covid-19 en Occident (mais nettement après son éclosion dans une Chine qui s’est bien gardée de prévenir l’OMS à temps !), ce livre a probablement été transmis à l’éditeur au moment où aucun soupçon de virus n’était possible. Il était donc impossible à l’auteur de tirer argument de cette expérience qui confirme totalement ses affirmations. Il est clair, en effet, que le retard à l’aveu de la maladie, sa dissimulation au point de punir les courageux médecins qui ont fait leur devoir, correspondent bien à la volonté affichée de la Chine de donner désormais des leçons et de n’en plus recevoir. La façon même de traiter la maladie par un confinement rigoureux, dont l’application était surveillée par les « comités de quartier » hérités des pires périodes subies sous Mao, a donné la démonstration de l’emprise du parti sur le peuple. Et aussi, il faut le reconnaître à regret, de la supériorité en efficacité de la contrainte[8] sur le respect volontaire des instructions données. Sauf à Taïwan, où le civisme démocratique a vaincu la contagion[9].

Depuis l’écriture du livre, le rideau rouge est tombé sur la scène d’un Hong-Kong « normalisé ». Restent les angoisses sur la Mer de Chine méridionale (et orientale) et surtout sur Taïwan, si gravement menacée par Xi Jinping et soumise à des intrusions aériennes et maritimes dans sa bulle de défense. Espérons.

Denis LAMBERT


[1]     Francis Fukuyama, « La Fin de l’histoire et le Dernier Homme », Flammarion, 1992 dans l’enthousiasme trop précipité de la fin de l’URSS !

[2]     Centenaire – le 1er octobre – de la proclamation de la République populaire par Mao Zedong.

[3]     Même la Révolution culturelle prolétarienne, honnie dans les années 80 et jusqu’à l’arrivée de Xi n’est plus jamais évoquée. Xi Jinping en avait pourtant (légèrement) souffert, de même que son père Xi Zhongxun, pourtant héros des luttes révolutionnaires, démis de ses fonctions par Mao avant d’être réhabilité à l’accession de Deng.

[4]     Le gouvernement de Beijing a cherché à éviter la tragédie de Tien An men, même au prix d’une perte de face devant Gorbatchev. Mais quand la ligne rouge a été dépassée, la décision d’intervenir par la force a été prise sans état d’âme.

[5]     D’où la méfiance de l’Inde, par exemple, alors que l’Italie s’est ruée sur l’opportunité espérée. Lequel de ces deux pays fait partie de l’UE ?

[6]Voir sur ce sujet l’article de l’auteur sur ce site.Présence de la Chine dans les instances internationales : justice ou entrisme ?du20 novembre 2019.

[7]     Ils ont suscité un recadrage par Jean-Yves Le Drian, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères.

[8]     Voir les reportages télévisés sur Wuhan.

[9]     10 morts seulement, sans contrainte autoritaire !


Source : http://www.folio-lesite.fr/Catalogue/Folio/Folio-essais/Penser-en-Chine

Penser en Chine.

Ouvrage collectif sous la direction d’Anne Cheng. Folio, essais. 2021.

Anne Cheng a coordonné dans cet ouvrage les contributions de treize spécialistes de la Chine qui visent à présenter ce payssous différentes facettes, avec différents éclairages : sinologues, intellectuels, historiens, politologues, anthropologues, sociologues,français et étrangers, Chinois et occidentaux. Cette diversité des contributeurs est présentée en fin d’ouvrage.

Contrairement aux traditions de « pensée unique » dans les régimes totalitaires,ce livre vise un objectif de pluralité d’approches afin de faciliter la compréhension profonde et non « orientée » de la Chine contemporaine. En Occident, nous ne sommes pas privés d’informations, d’images ; nous sommes au contraire souvent inondés de notions difficiles à décrypter, trier…, notions parfois partiales, ou seulement partielles, souvent limitées à la géopolitique, aux relations internationales. Il est moins courant d’entendre la voix d’intellectuels s’intéressant à la Chine, et encore moins d’intellectuels chinois (reconnus ou non par le régime de Pékin).

Le volume est divisé en quatre parties thématiques, permettant, selon Anne Cheng, « de fournir les informations les plus fiables possible et les clés pour comprendre les événements » :

  1. Projections de la Chine-monde,
  2. Récit national et réécritures de l’Histoire,
  3. Modes de contrôle de la société civile,
  4. Tensions et crises.

Les événements récents, qu’il s’agisse de la pandémie et de ses conséquences, ou des répressions brutales à Hong Kong ou dans le Xinjiang, n’ont pas forcément permis d’entendre, d’écouter (?) « des analyses en profondeur de connaisseurs de la Chine dans la durée et d’intellectuels chinois ». Les réalités sont parfois inaudibles dans un contexte de guerre des informations, voir de désinformation. Des « outils » de décryptage s’avèrent utiles.

Certains intellectuels chinois[1] ont pu, avec courage et au prix de grandes difficultés et aussi de gros risques, faire part de réflexions personnelles argumentées, ils ont aussi appris à « toréer avec le pouvoir » selon les termes d’Anne Cheng. (Cf David Ownby : « Sortir du système impérial, avec Qin Hui »). Mais les débats publics sont de plus en plus difficiles les opinions divergentes sont muselées donnant lieu à des arrestations, ou à des « disparitions » (nouvelle version plus inquiétante encore que l’emprisonnement).(Cf Sebastian Veg : « La marginalisation des intellectuels d’élite et l’essor des intellectuels non institutionnels depuis 1989 »).

Parallèlement à sa « montée en puissance économique, géopolitique et militaire, la Chine accrédite … un retour en force de son passé impérial », basé sur la continuité d’une civilisation de plus de 5 000 ans[2]. On ne manquera pas de s’étonner de ces affirmations du régime communiste actuel, en opposition avec les positions officielles de la République populaire après 1949 jusqu’au lendemain de la Révolution culturelle qui considéraient le passé comme « féodal »[3]. L’actuel « retour aux sources » permet aux élites intellectuelles chinoises de se proclamer « détentrices de valeurs universelles » concurrentes des valeurs d’origine européenne avec la redécouverte de la notion impériale de « Tianxia » (tout ce qui est sous le ciel) : la Chine se pense comme « un empire monde » (et plus seulement comme « l’empire du milieu ») du fait de sa croissance économique, conséquence de la politique de Deng Xiaoping qui a entraîné à partir des années 2000 une extraordinaire montée en puissance géopolitique et militaire.(Cf GeZhaoguang : « L’empire-monde fantasmé »). La Chine actuelle doit se reconstituer un récit national pour se projeter comme une puissance mondialisée, « retisser » un lien continu mythique où Confucius lui-même est au centre du dispositif …(Cf John Makeham : « Philosophie chinoise et valeurs universelles dans la Chine d’aujourd’hui »).

Si à l’intérieur les répressions se poursuivent à l’égard des esprits « libres » qui voudraient témoigner de la réalité (intellectuels, journalistes, médecins …), la propagande officielle s’efforce de « convaincre à l’extérieur, notamment par l’intermédiaire des Instituts Confucius ». (Cf Marshall Sahlins : « Les instituts Confucius, programme académique malveillant »).

L’histoire revue et corrigée de la Chine contemporaine[4] « oublie » les épisodes sinistres de son histoire pourtant pas si lointaine (campagne antidroitière 1957, famine et Grand Bond en avant 1958, révolution culturelle 1966-1976, massacre de Tien An Men 1989) pour souligner un récit à la gloire du régime actuel.

Cependant, alors que la libéralisation attendue à la suite des réformes et ouvertures des années 90 s’est en fait traduite par un renforcement de l’autorité du PC à l’intérieur, le régime ne peut tolérer aucune « contestation » sur les marges. D’où :

  • La mise au pas de Hong Kong avec l’application de la loi sur la sécurité nationale au mépris des accords signés lors de la rétrocession du territoire,
  • Les répressions des minorités ethniques, notamment Ouighours du Xinjiang[5], (cf Magnus Fiskesjö : « Le Xinjiang chinois, nouvelle frontière de l’épuration nationale »),
  • Le conflit avec l’Inde sur la frontière de l’Himalaya.

L’affirmation d’une supériorité chinoise se double de l’obsession d’imposer une identité chinoise unitaire.

Dans le contexte de la pandémie de 2020-2021, comment se situe la Chine sur la scène internationale ? La lutte contre les maladies infectieuses fait partie de son histoire, et ellea été considérée comme le mauvais élève de la planète lors de l’épidémie du SRAS en 2003. En 2020, après une mauvaise gestion au début, traduite par une tentative d’étouffement des lanceurs d’alerte, elle a pris des décisions draconiennes inimaginables danstout pays démocratique. Elle ne veut recevoir de leçon ni de l’OMS, ni des pays occidentaux. Cette crise est une illustration sinistre de la mondialisation de la Chine : le virus vient de Chine, mais pour y faire face, l’Occident dépend des masques chinois, des approvisionnements chinois en produits pharmaceutiques … Cependant elle n’est plus « objet de fascination » pour le monde, et les hommes politiques occidentaux commencent à perdre leurs illusions face au « rêve chinois »…

Hélène Mazeran

NB : Il ne s’agit pas ici d’un compte-rendu exhaustif de l’ouvrage.  C’est pourquoi seules certaines contributions sont mentionnées ici à titre de références. L’objectif est seulement d’inciter à sa lecture pour un meilleur éclairage des opinions que chacun pourra se forger par soi-même.

[1]On pourra aussi se référer au « Journal de Wuhan, Ville close » (Ed. Stock, 2020) publié par Fang Fang qui vient d’obtenir le Prix Emile Guimet de littérature asiatiquepour « Funérailles molles ». Elle est aujourd’hui en résidence surveillée et tous ses ouvrages sont désormais interdits en Chine.

[2] Cf le cours d’Anne Cheng au Collège de France : « La Chine est-elle (encore) une civilisation ? » (19 novembre 2020-28 janvier 2021).

[3] Rejet des quatre « vieilleries » : formes de pensée, cultures, habitudes et coutumes.

[4]Toute la deuxième partie de l’ouvrage y est consacrée.

[5] Ils se trouvent en première ligne sur le tracé des routes de la soie, grand projet OBOR de XI Jinping. On notera cependant que les brutalités ont débuté avant le projet (2013), et qu’elles sont appliquées aux Tibétains depuis longtemps et dans une autre situation géographique ….


Source : https://www.asiatheque.com/fr/book/funerailles-molles

Prix Emile Guimet de littérature asiatique 2020 décerné à Fang Fang,

remis le 23 janvier 2021 dans le cadre de la nuit de la lecture

Décerné pour la première fois en 2018[1], le Prix Emile Guimet de littérature asiatique a pour but de faire découvrir l’Asie à travers un roman ou un récit répondant à quatre critères :

  • L’œuvre doit avoir une traduction française,
  • Elle doit être parue dans les 10 années précédentes dans son pays d’origine,
  • Elle doit être parue en France dans l’année précédant la remise du prix,
  • L’auteur doit être originaire de l’aire géographique des collections du musée.

En 2020, Fang Fang a été récompensée pour son roman « Funérailles molles »[2], tiré d’une histoire vraie qui retrace les conséquences de la réforme agraire des années 50 conduite par Mao, et les traumatismes induits. A partir de 2017, cet ouvrage fait l’objet de vives critiques car il met l’accent sur les tabous et « oublis » volontaires du passé et pose la question du devoir de mémoire. Ceci s’inscrit dans « le culte de la mémoire historique » prôné par le gouvernement actuel en Chine qui vise à occulter tous les épisodes tragiques du régime communiste antérieurs jusqu’à 1989, et à focaliser l’attention sur « le siècle des humiliations » (1839-1949) pour renforcer le sentiment nationaliste en Chine populaire. (Cf le cours d’Anne Cheng au Collège de France sur le thème « La Chine est-elle (encore) une civilisation ? »  du 26 novembre 2020-28 janvier 2021).

Fang Fang, née dans une famille d’intellectuels, auteur de plus de 80 romans et essais, vit à Wuhan depuis la fin des années 50 ; elle est membre de l’Association des écrivains chinois.

Elle est également connue pour son journal du confinement « Wuhan, Ville close [3]» dans lequel elle raconte de manière objective ce qu’elle a pu observer pendant les 60 jours de confinement du 25 janvier au 24 mars 2020. Délibérément engagée en faveur de la liberté d’expression, Fang Fang a été critiquée, censurée, accusée de « trahir la patrie ». Elle est aujourd’hui en résidence surveillée et ses ouvrages désormais interdits en Chine continentale, ne sont plus publiés qu’à Taïwan et en France.

Hélène Mazeran

[1] Prix 2017 : « Delhi capitale » de Rana Dagupta

Prix 2018 : « Au soleil couchant » de Hwang Sok-yong

Prix 2019 : « Une forêt de laine et d’acier » de Natsu Miyashita.

[2]Publié en 2016 par les Editions « Littérature du peuple », en français par Asiathèque en 2019.

[3] En français, Editions Stock, 2020.


Source : https://www.academiedesbeauxarts.fr/exposition-de-flore-lodeur-de-la-nuit-etait-celle-du-jasmin

Exposition « L’odeur de la nuit était celle du jasmin »Académie des Beaux-artsParis

La visite de cette très belle exposition de la photographe Flore, lauréate du Prix de la photographie Marc Ladreit de La Charrière en 2018, en partenariat avec l’Académie des Beaux-arts, est une incitation au voyage et/ou rêve, comme l’indique déjà le titre.

La vidéo et l’interview de l’artiste relatent la genèse de l’exposition, mais présentent peu d’intérêt à côté de l’exposition elle-même, constituée d’une soixantaine de photos majoritairement en noir et blanc et retravaillées, qui sont sublimes. Ce sont davantage des estampes évoquant le fusain, de véritables tableaux présentés sobrement, seulement encadrés d’un jonc noir, et dans une demi-pénombre. Les jeux d’ombre et de lumière sont très présents, alors que les couleurs sont presque absentes. Les tirages sur papiers teintés au thé, les couleurs douces rappellent les autochromes anciens. Il s’en dégage une intemporalité harmonieuse et paisible.

Ces photos sont celles d’un retour en Indochine française à l’époque de Marguerite Duras et des grands-parents de Flore. Beaucoup de poésie émane de cet ensemble de photos, tant du point de vue des paysages, végétation luxuriante, jacinthes d’eau sur les bords du Mékong que des intérieurs calmes, sereins avec la chaleur des meubles en bois.

Mélancolie et nostalgie rappellent les textes de Marguerite Duras, dans « Un barrage contre le Pacifique » et « L’amant » : « Qui dira l’odeur de la terre chaude qui fumait après la pluie, celle des certaines fleurs, celle d’un jasmin dans un jardin ».

Hélène Mazeran


Il est midi à Pékin – Eric CHOL * Gilles FONTAINE – Prix du livre d’économie 2019 – Ed. Fayard

Source : https://www.fayard.fr/sciences-humaines/il-est-midi-pekin-9782213712819

Une présentation originale de la présence grandissante de Pékin tout au long des fuseaux horaires dans le monde entier  avec comme point de départ midi à Pékin.

Tous les territoires, peu importe leur localisation, ou leur taille, font l’objet d’une attention particulière.

Certains Français ignorent l’intérêt de Pékin pour Clipperton où flotte notre étendard. Cet îlot au large du Mexique se trouve à l’extrémité du plus grand gisement sous-marin du monde abritant  d’immenses champs de nodules polymétalliques, de quoi éveiller la convoitise de Pékin.

Il en va de même pour le « grand ami » russe, fournisseur notamment de grumes pour l’industrie chinoise. Celle-ci a fait main basse sur la quasi-totalité du secteur forestier en  Sibérie. Mais la population russe qui voit ses forêts dévastées et transformées en marécages se rebelle alors que le son gouvernement laisse faire. La Sibérie se déforeste à grand train alors que la Chine se reboise : chercher l’erreur !

Ainsi au fil des fuseaux horaires, le lecteur peut apprécier le poids de la Chine dans tous les secteurs et sur toutes les terres même glacées de l’Antarctique et dans toutes les mers.

Si Deng Xiaoping voulait « cacher ses talents en attendant son heure », il en va autrement avec Xi Jinping dont le rêve chinois est « d’occuper une place centrale dans le monde et apporter une plus grande contribution à l’humanité » et même au-delà avec ses ambitions spatiales : de nouvelles routes de la soie interstellaires ?

Un voyage à découvrir au fil des pages et à relier avec l’actualité des missions chinoises sur la Lune en attendant plus….

Michèle BIETRIX


La frontière – Patrick BARD Ed. Points 2002

Source : photo de M. BIETRIX

Ce roman noir brosse le tableau de Ciudad Juarez, ville frontière entre le Mexique et les USA en cette fin de XXe siècle.

Des corps de femmes violées et mutilées sont découverts à la périphérie de la ville.

Un journaliste du quotidien espagnol El Diaro, est dépêché sur place pour couvrir ce sordide évènement.

Cela le conduit à investiguer sur les conditions de travail répandues dans cette zone qui s’est développée sur fond de l’accord économique liant les 3 pays d’Amérique du nord, l’ALENA.

Tout le long de la frontière sont installées des usines-tournevis, les maquiladoras, qui assemblent divers produits destinés au marché américain. La libre-circulation existe pour les produits mais pas pour les hommes.

Cette zone frontière constitue donc un vaste laboratoire d’expérimentation au commerce économique mondial avec toutes ses dérives : horaires éreintants, bas salaires, harcèlements, viols, minorités indigènes à la recherche d’une vie meilleure, bidonvilles et quartiers résidentiels huppés, etc.…  sur fond de corruption et de meurtres en série.

On se rend compte qu’au Mexique du XXIe s., certains des ingrédients de ce roman sont toujours bien tangibles et que les présidents passant, rien ne change fondamentalement.

Une intrigue intéressante avec un dénouement qui rappelle des pratiques auxquelles le puissant voisin n’est pas étranger….

Michèle BIETRIX


Analyse du livre « Rouge Vif » (2020) d’Alice Ekman, édition de L’Observatoire

Source : https://www.editions-observatoire.com/content/Rouge_vif

Le titre indique une intention : démontrer que la Chine est « vraiment » communiste, prenant le contre-pied d’une analyse, assez répandue, qui voit dans la Chine moderne une puissance autoritaire, sans autre idéologie que de retrouver sa place,« centrale », dans le monde,

Alice Ekman est une jeune chercheuse, « senior analyst » au EUISS, un Think Tank de la Commission Européenne, après avoir passé plusieurs années à l’Ifri.

La première Partie correspond à ce que l’on peut anticiper à partir du titre : l’auteure est partie de l’idée que la Chine était demeurée communiste après la mort de Mao et jusqu’à ce jour, et, à partir de cette position, elle démontre, avec force exemples, faits avérés, citations…et habileté, qu’elle avait bien raison.

Elle a malgré tout quelques hésitations qui l’honorent. Elle reconnait que le système qu’elle décrit, est très complexe et mélange diverses sources, en dehors du Léninisme-Maoïsme…mais elle n’y insiste pas, pour revenir à sa démonstration.

Sa démonstration s’appuie sur « Dix Constats » :

-Jamais les Présidents qui se sont succédé, n’ont « renié l’identité communiste » du système politique de la Chine.

-Les fondements de la gouvernance communiste n’ont jamais disparu. Elle entend par là que le Parti l’emporte toujours sur le Gouvernement, que le Parti a accru sa centralité et sa capacité de superviser toutes les décisions.

-Le rôle du Parti dans l’économie s’est même renforcé :les Cellules du Parti sont omniprésentes dans toutes les entreprises, publiques et privées ;les SOE sont toujours puissantes (même si (même si certaines accumulent les déficits) et la planification est toujours en place.

Cependant, en conclusion, elle reconnait que l’économie est « hybride ».

– La Propagande se réfère au Marxisme -Léninisme, la communication du pays est fortement centralisée et supervisée par le Parti et le vocabulaire reste « Soviéto-Maoïste ».

-Les Cadres du Partis sont constamment « rééduqués », critiqués (et pratiquent l’auto-critique).La campagne anti-corruption déclenchée par Xi est toujours en cours et terrorise (notamment par des sanctions exemplaires) l’ensemble des cadres, y compris ceux de niveaux inférieurs.

-Le Parti tente de gérer la vie quotidienne du peuple et utilise à cette fin les outils les plus traditionnels (maillage étroit, par quartiers, des grandes villes),mais aussi les plus modernes (reconnaissance faciale…).

-L’art et la culture restent au cœur de la promotion du régime et le contrôle sur ces activités est du ressort du Parti.

-Le Parti supervise tout le système éducatif, y compris, et surtout, l’Université et la recherche. La multiplication des Think Tanks, tous liés au Parti, permet des contacts bien contrôlés avec l’extérieur.

-La lutte contre les religions ne cesse pas. Elles font toutes l’objet de surveillance, et surtout d’interdictions, de recadrage et, pour l‘Islam, d’une attention soutenue car porte d’entrée de mouvements irrédentistes. Elles sont toutes susceptibles d’être utilisées par les « forces hostiles » de l’étranger. De fait, explique-t-elle avec justesse, le Parti est lui-même une religion et c’est elle qui doit avoir le monopole du contrôle des esprits.

-Enfin, les symboles communistes sont toujours présents : drapeau, codes vestimentaires,…

Discussion :

-La conclusion de l’auteure est que la Chine est bien communiste et que le Parti qui dirige le pays est bien « Rouge Vif ».

-On pourrait, au contraire, conclure que si XI Jinping utilise bien tout le vocabulaire, toutes les formes d’organisation, toutes les campagnes pour terrifier et motiver les Membres du Parti, que si ce Parti est bien celui qui dirige le pays, dans toutes ses ramifications (et que c’est bien Xi qui dirige le Parti)…, que ce Parti n’a de communiste que le nom. On peut tout aussi bien y voir un Parti de pouvoir…qu’une secte particulièrement efficace.

-D’ailleurs l’auteure elle-même décrit le système politique chinois comme une autocratie, appuyée sur une machinerie de pouvoir absolu, justifiée par un contexte très difficile, utilisant le terme de « communiste » comme un référentiel suscitant la crainte et le respect, comme au temps de Mao.

La seconde partie est plus convaincante. Alice Ekman explique les conséquences de son présupposé (la Chine est « communiste ») sur la politique intérieure et extérieure du pays.

Sur le plan interne, l’auteure admet que l‘identité chinoise est « hybride », l’élément communiste n’étant qu’une composante aux côtés d’éléments de la tradition impériale, de soviétisme, de nationalisme.

Au total, c’est bien un « régime autoritaire »,conduit par un Parti omniprésent et puissant, qui assure une centralité toujours plus marquée, nécessitée par une situation porteuse d’inquiétude et de risques croissants : ralentissement économique et conflit avec les Etats-Unis. L’effet paralysant sur les cadres du Parti l’est également sur les entrepreneurs privés. Les initiatives s’en trouvent handicapées à un moment où la Chine a besoin d’innover.

En politique étrangère, le cœur de la stratégie de Xi est de considérer que le « Modèle chinois » est le meilleur.

Le capitalisme a certes été utilisé par la Chine comme outil de développement, mais il est temps de revenir à des formules proprement chinoises, d’autant que le système capitaliste libéral est en grande difficulté.

Cette confiance dans le Modèle chinois s’étend à tous les aspects de la politique du pays et explique que les Chinois soient décidés à « rendre coup pour coup ». D’où cette diplomatie agressive, sans complexe, étonnante, et qui met en évidence que la Chine dispose de l’appareil diplomatique le plus étoffé du monde.

Cette politique active s’adresse, au premier chef, au monde en émergence. La Chine renoue ainsi avec l’«esprit de Bandung ».Elle passe par des liens étroits avec les gouvernements, les partis politiques, les élites de ces pays. Des programmes de formation leur sont ouverts, sous forme de stages, séminaires et Forums.

-Le Projet Belt and Road Initiative est aussi un outil de promotion de l’ambition et des capacités chinoises et les partenariats proposés aux pays traversés, tous en émergence, en témoignent.

-Enfin, l’entrisme dans les organisations internationales est patent et profite du retrait américain. Un des objectifs est de revoir les règles existantes et de réécrire les normes, toutes fondées sur celles des Occidentaux et qui ne sont donc pas,du point de vue chinois, universelles.

-On assiste donc, selon l’auteure, à une compétition explicite entre systèmes politiques et économiques, ce qui donne du crédit à l’analyse américaine que la confrontation avec la Chine est inévitable et « idéologique ». Cette confrontation sera rude et longue car la Chine pense que l’Occident restera une « force hostile » et que l’on trouve « sa main » dans de nombreux conflits actuels (HK, Xinjiang, Taiwan, Mers de Chine du Sud).

-Face à ces forces hostiles, pour l’essentiel occidentales, la Chine se doit de trouver « un cercle d’amis », expression qu’elle préfère à « alliés ».

-La Russie apparait comme une exception, allié devenu central et « meilleur ami » de la Chine.

Sa conclusion est que nous sommes entrés dans une « compétition sur tous les plans », une nouvelle guerre froide qu’elle décrit comme idéologique…puisque son présupposé de départ est que la Chine est encore et toujours davantage « communiste » (« Rouge Vif »).L’objectif est la victoire du socialisme sur le capitalisme, à long terme et tel que prédit par Karl Marx.

Au cœur de la différence des deux systèmes, elle voit deux visions différentes de la relation entre l’individu et la société.

Elle pense que l’attractivité du Modèle chinois est une réalité pour un grand nombre de pays (les émergents). La Chine n’abandonne pas cependant l’idée de trouver de nouveaux amis parmi les alliés actuels des USA.

L’auteure conclut à un durcissement généralisé (interne et externe) de la Chine, une radicalisation des positions, des débats et de l’idéologie entre les puissances en confrontation.

La Chine mise, pour l’emporter, sur la faiblesse de l’Occident et des démocraties.

Le découplage en cours dans tous les domaines donnera du champ et de l’intensité à la compétition et à la guerre froide. Tout ceci affectera notre mode de vie et il faut s’y préparer avec lucidité,

Ce livre est donc utile et nécessaire pour comprendre les positions chinoises actuelles.

Que le PCC soit véritablement communiste ou simplement un Parti de pouvoir qui prolonge la vision de la Chine éternelle, peu importe. Le plus intéressant, pour nous, est l’éclairage sur le comportement chinois dans sa confrontation avec les « forces occidentales hostiles ».

L’analyse historique et idéologique nous fait comprendre que la Chine ne cédera pas aux États-Unis. On a affaire à un pays mobilisé, structuré, efficace, cynique et déterminé.

Daniel Haber, Vice-président de l’Institut du Pacifique


Un hiver à Wuhan – Alexandre LABRUFFE. Ed. Verticales 2020.

Deux points de vue complémentaires pour inciter à la lecture de l’ouvrage !!

Source : photo Michèle BIETRIX

Ceci n’est pas vraiment une fiche de lecture sur l’ouvrage, plutôt le résultat d’impressions personnelles, de réactions à la lecture de l’ouvrage dans le contexte de la situation internationale des six derniers mois.

« Hallucinant » serait le premier qualificatif que je donnerais à ce récit, avec parfois la crainte de sombrer dans la démence… L’auteur a effectué plusieurs séjours en Chine, et notamment à Wuhan durant les trente dernières années et à des titres divers, travaillant dans différents secteurs (plusieurs entreprises, service culturel français).  Ses multiples expériences vécues lui ont permis de dépeindre, avec humour certes et parfois aussi de manière effrayante, ce qu’il a pu observer et vivre en Chine : chaos, délires, pollutions, mensonges, manipulations, …. et ce qu’il appelle les « illusions de la grandeur chinoise », avec la possibilité d’une catastrophe imminente.

Je me garderai de porter un jugement définitif sur l’ouvrage, mais sa lecture ne peut laisser indifférent, et suscitera des interrogations et des réactions sans doute variables selon les lecteurs.

Hélène Mazeran

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Alexandre Labruffe  est nommé attaché culturel à Wuhan à l’automne 2019.

Là naît l’ambition d’écrire « une fresque  post-apocalyptique barrée, un conte paranoïaque chinois ».

Il a la sensation de vivre dans une ville de science-fiction  et est tout d’abord frappé par le fait que sa collègue chinoise prend une photo du ciel au soleil couchant (page de couverture) ! Et cela est rare, mais grâce aux Jeux Militaires Internationaux et pour donner une bonne image de la ville, toutes les sources de pollution ont été mises à l’arrêt.

Ce récit se déroule sur les 3 périodes chinoises de sa vie nous peignant le quotidien de la population dans un pays à l’urbanisation frénétique où règne une atmosphère où se mêlent ultramoderne, dématérialisation à outrance surveillance, etc.

Il rencontre un Français travaillant pour le laboratoire HighTech P4 qui étudie les virus les plus dangereux…

Arrive UN virus : SRAS, MERS, ou ? Avec tous les évènements l’entourant et le parallèle avec la situation à Wuhan et hors de Chine.

Il pense : « ce que la Chine produit, ce sont des dystopies ».

Michèle Bietrix


Dans un jardin qu’on dirait éternel

Film japonais de 2018 deTatsushi, Omori, sorti en France en 2020.

Source : https://www.premiere.fr/film/Dans-un-jardin-qu-on-dirait-eternel

Ce film, tiré du livre « La cérémonie du thé » de Noriko Morishita[1], nous propose une vision d’un Japon traditionnel sur fond de cérémonie du thé.

Il relate l’histoire de 2 cousines qui terminent leurs études et dont les parents de l’une, Noriko, les poussent à suivre ces cours ancestraux donnés dans la maison traditionnelle de Yokohama de Madame Takeda, maitresse de cérémonie, avec son espace pour se déchausser, ses tatamis, ses « shojis », son foyer.

Chaque cours se déroule dans le cadre d’une saison illustrée par un rouleau accroché au mur, le plus important étant« chaque jour est un bon jour ». Dans le calme et la sérénité d’un jardin variant selon les différentes saisons, la vie dans la maison de thé s’écoule tranquillement rythmée par le son de l’eau qui coule goutte à goutte, sous forme de cascade ou de pluie.

La cérémonie du thé, un des arts emblématiques de la culture japonaise, est imprégnée de l’esprit Zen, largement inspirée des principes d’austérité et de dépouillement. Discipline, rigueur, humilité, éloge de la lenteur caractérisent cette cérémonie dont les rituels ont été codifiés à partir du XVIème siècle.

Ce film peut nous permettre d’appréhender certaines facettes de la société japonaise très influencée par des approches traditionnelles encore profondément ancrées : harmonie avec le cycle des saisons, concentration sur l’instant présent, recherche de la perfection du geste… et constituer une modeste initiation au spectateur.

La place des femmes dans la société japonaise moderne transparaît également : malgré des études,  elles peinent à trouver un épanouissement professionnel en attendant de se marier, choix de Michiko. la cousine de Noriko. Cette dernière, elle, poursuit sur des années ces cours, où chaque séance la rapproche davantage de la maîtrise de cette cérémonie offerte aux invités, mais on ne sait rien du reste de sa vie……

Michèle BIETRIX et Hélène MAZERAN

Pour information : L’Institut du Pacifique envisage d’organiser une cérémonie du thé privée pour ses adhérents.


[1] On pourra aussi lire « Le maître de thé » de Yasushi Inoué (1981).