LES OPERATIONS A BORD D’UN NAVIRE CÂBLIER
Conférence présentée le 7 mai 2026 par le Commandant Yves-Noël Massac, capitaine de 1ère classe de la navigation maritime.

Conférence présentée le 7 mai 2026 par le Commandant Yves-Noël Massac, capitaine de 1ère classe de la navigation maritime.

Conférence présentée le 5 février 2026 par le Général Serge Cholley, ancien attaché de défense près de l’Ambassade de France à Pékin, ancien directeur de la Sécurité-Défense d’Eutelsat.
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15 janvier 2026. Conférence présentée par Florian MANET, colonel de la gendarmerie nationale, expert maritime international, auteur, chercheur à la Chaire « Mer, Maritimité et Maritimisation du Monde » de Sciences-Po Rennes.
L’océan Pacifique est un cas d’étude particulièrement intéressant pour qui veut analyser la réalité et l’impact des menaces criminelles exercées sur les espaces océaniques et, in fine, sur le commerce mondial. La configuration géographique est celle d’un océan ouvert sur les océans Indien et Atlantique même si des verrous ou choke-point (détroit de Malacca, détroit de Singapour) filtrent les mouvements des navires. Le « grand océan » – dont la définition géographique s’est imposée au fil du temps lors des congrès de Londres (1845) ou encore de la conférence hydrographique internationale de 1921- est le plus vaste du monde avec 165 millions de kilomètres carrés soit un tiers de la surface de la planète et une superficie bien supérieure aux terres émergées. Il a désormais gagné un rôle central au sein des échanges commerciaux du fait de la mondialisation et de la maritimisation des échanges, qu’ils soient physiques comme immatériels.
Cet espace Pacifique est singulier à de multiples égards. Certes, les rivages de cette immensité océanique mettent face à face trois grands compétiteurs mondiaux (Chine, les Etats-Unis et la Russie) qui sont trois puissances nucléaires et qui disposent de marine de premier rang. Néanmoins, l’océan Pacifique représente également une des premières zones d’échanges commerciales au monde, avec notamment un certain nombre de routes maritimes stratégiques (SLOC ou Sea Lines Of Communication) reliant les façades maritimes de l’Amérique du Nord et de l’Asie Orientale. La présence de rivalités historiques ou locales ainsi que l’irrédentisme et la tentation de la territorialisation des espaces maritimes en font malgré tout un environnement sous tension.
Ainsi, une vue synthétique de ce terrain d’observation permet de mieux appréhender la réalité du « crime en bleu », cette criminalité qui s’épanouit par les vecteurs et les espaces maritimes. Il illustre parfaitement le double phénomène qui sous-tend la mondialisation, à savoir « l’infrastructuration et la logistisation » des relations internationales. Du fait de ses caractéristiques propres, cet espace maritime recèle de bien des potentialités qui favorisent l’épanouissement de la « thalasso-criminalité »:
– Un espace maritime, théâtre d’agissements criminels ciblant le milieu naturel comme les voies de communication stratégique (pêche illégale, rejet volontaire d’hydrocarbures, piraterie, cybercriminalité maritime ou marétique,…),
– Des vecteurs qui jouent un rôle de levier démultiplicateur d’activités criminelles utilisant le transport maritime et les espaces océaniques comme trait d’union entre des zones de production /transformation et les marchés de consommation.
– Des interfaces portuaires, objet de toutes les convoitises et cristallisant toutes les tensions sur des installations physiques (ports, îles énergétiques …) comme immatériels (station d’atterrage des câbles sous-marins).
L’étude criminologique de l’océan pacifique amène à distinguer un espace nord caractérisé par des puissances continentales (démographiques, économiques, technologiques, politiques) et un espace sud défini par l’immensité océanique, le morcellement étatique constitué par des puissances régionales (Australie, Nouvelle-Zélande) ou occidentales (Etats-Unis d’Amérique, France) et par des états insulaires confrontés aux enjeux de souveraineté et de surveillance d’espaces maritimes. Voici quelques idées force recensées par espace :
1- Le Pacifique Nord n’est pas, à première vue, l’espace le plus favorable au développement d’une criminalité maritime en théorie mais l’intensité de la maritimisation dilue cette appréciation. En effet, la présence de puissances politiques conscientes de leur responsabilité, la forte présence de flottes militaires du fait des tensions géopolitiques régionales et l’existence de forces de garde-côtes des deux côtés de l’Océan en sont les raisons principales.
Pour autant, la configuration géographique de cet espace ouvert, la richesse halieutique et l’existence de marchés criminels dynamiques font du « Pacifique nord » un terreau favorable au développement croissant de la thalasso-criminalité. La pêche illégale est une activité très lucrative, exportant régulièrement les produits de la mer du Pacifique sud pour satisfaire les appétits continentaux. Elle contribue à dégrader les écosystèmes naturels particulièrement fragiles et interroge le droit international et l’exercice de la souveraineté. De plus, la région accueille l’usine du monde et, du fait de la maritimisation du commerce international, les routes maritimes majeures. Ces flux marchands sont régulièrement l’objet de la convoitise d’organisations criminelles régionales qui se livrent à des actes de piraterie ou de brigandage. Même si la tendance est baissière, ce sont près d’une centaine de faits enregistrés par an, ciblant les navires de commerce en transit, de nuit, dans les détroits, notamment celui de Singapour où, en 2025, se concentrent 62% des événements et en Indonésie avec 24%des faits.
Enfin, le narco-trafic est une menace criminelle majeure qui, depuis les rivages Pacifique, s’exporte sur l’ensemble de la planète. Deux phénomènes complémentaires illustrent les mécanismes d’une logistique mondiale particulièrement complexe. Tout d’abord, rappelons que la feuille de coca est cultivée sur les contreforts des Andes (Colombie, Pérou et Bolivie, état enclavé) avant d’être transformée chimiquement via l’usage de précurseurs… produits, notamment, en Chine. Ces substances psychotropes prennent ensuite la mer vers les marchés de consommation (via parfois des zones de rebond comme dans l’océan Indien ou en Afrique de l’ouest) au travers de flux affrétés par les narco-organisations soit en contaminant la chaine d’approvisionnement.
2- Cette partie de l’océan Pacifique Sudest relativement épargnée par les soubresauts géopolitiques qui agitent le reste du théâtre. L’industrie maritime y est présente en raison des nombreux débouchés économiques (Australie, Nouvelle-Zélande) comme en témoigne les grands travaux de pose de câbles. Ils traduisent la volonté des nations mais aussi des opérateurs numériques (BATMMAAN) d’éviter les zones de crise, et de saisir l’opportunité que représentent les États insulaires du Pacifique de devenir des hubs de connexion. Les activités illicites en mer, si elles ne menacent pas directement la communauté maritime, prospèrent compte tenu de l’immensité des surfaces à surveiller et sont susceptibles d’impacter l’ordre public socio-économiques de ces états insulaires. Au-delà des impacts climatiques actuels ou envisagés, ces états sont tributaires des revenus tirés de l’économie bleue. Par ailleurs, certains disposent d’infrastructures de soutien à des activités illicites mondiales à l’image des hébergeurs informatiques et des échangeurs de cryptoactifs. De ce fait, la thalasso-criminalité s’exprime, essentiellement, par le narcotrafic transocéanique (de l’Amérique latine vers l’Océanie en suivant les alizés et ciblant les marchés australiens comme néo-zélandais fortement rémunérateurs) et par la pêche INN. Ces deux types d’infraction créent un manque à gagner important pour les États côtiers et peut, au-delà, menacer l’intégrité et l’efficacité des administrations maritimes concernées (corruption, achat de licences sans contrôle…). Elles interrogent les capacités opérationnelles des Etats à exercer leur souveraineté sur les espaces sous juridiction et suggèrent aussi l’adaptation du droit public international aux réalités du Pacifique-sud.



4 décembre 2025
Conférence présentée par Gérard Bouan, auteur de « Chine, les guerres de l’Opium », Economica, 2021, et de « Triades et pouvoir », Les trois colonnes, 2025.
Les Triades, 三合会 Sānhéhuì
Pour expliquer la présence des triades en Chine, il faut faire un peu d’histoire, celle de deux dynasties, celle des Ming puis celle des Qing.
La Triade originelle était une société secrète née en opposition à la dynastie mandchoue des Qing à la fin du XVIIème siècle. C’est une société patriote qui voulait restaurer l’ancienne dynastie Ming.
Mais avec le temps, de structure d’aide sociale, elles sont devenues des groupes criminels.
La dynastie Ming (明朝) (1368 à 1644)
Elle fut la dernière dynastie chinoise dominée par les Han. Elle parvint au pouvoir après l’effondrement de la dynastie Yuan, dominée par les Mongols.
Ce fut un chef de guerre originaire du Sud, Hongwu (1368-1398), et allié de pirates, les « Turbans rouges », qui tira son épingle du jeu.
Il voulait que les familles paysannes vivent dans un mode de production autarcique, dans le système appelé lijia qui les organisait en groupes de familles chargées de répartir entre elles les impôts et corvées et plus largement d’organiser collectivement la vie locale qui devait aboutir à créer des classes héréditaires d’agriculteurs, d’artisans et de soldats, encadrés par l’administration, devant travailler pour le compte de l’empire et dégager d’importants revenus fiscaux. Ce système ne fonctionna jamais réellement en raison du faible nombre de fonctionnaires provinciaux. De plus, la vision d’une société statique et autarcique se heurtait aux réalités du temps, marqué par d’importants mouvements de population et une économie marchande dans laquelle les échanges commerciaux étaient essentiels
Les villes connurent une importante phase de croissance démographique et commerciale. Toute la vie économique fut affectée par cette nouvelle culture centrée sur la consommation.
Il y eut de grands projets de construction dont le Grand Canal impérial et la fondation de Pékin avec sa Cité interdite.
La population de la fin de la dynastie Ming est estimée à quelque 160 à 200 millions d’individus.
Durant le dernier siècle de la dynastie, les effets du petit âge glaciaire se firent sentir sur l’agriculture, les catastrophes naturelles et les épidémies, tandis que la vie politique à la cour puis dans l’empire devenait de plus en plus instable. L’effondrement de l’administration qui s’ensuivit fut un prélude à la chute définitive de la dynastie.
La dynastie Qing 大清, 清 朝 (1644-1912)
Elle est fondée par des tribus Jûrchen, qui se rebaptisent Mandchous au 17ème siècle, originaires du nord-est de la Chine. Les empereurs les plus connus sont Kangxi, Yongzheng, Qianlong et Pu Yi (le dernier empereur).
Sous le règne des Qing, la Chine atteint sa plus grande expansion territoriale. Elle connaît une croissance démographique formidable avec une population dépassant les 450 millions d’habitants au milieu du 19ème siècle.
la Chine connaît son âge d’or au 18ème siècle. Grâce à une maîtrise technique, les productions agricoles et artisanales connaissent un essor sans précédent et les échanges commerciaux à l’intérieur de la Chine sont en forte croissance.
Le siècle suivant est par contraste une phase de déclin. Le déséquilibre des finances, la corruption de l’appareil gouvernemental, une croissance démographique trop rapide et les soulèvements des habitants des régions périphériques assujetties aboutissent au milieu du siècle à une explosion sociale. La révolte des Taiping (1851-1864) et plusieurs soulèvements populaires qui lui succèdent mettent le régime à genou et saignent la population.
Les puissances coloniales occidentales (Royaume-Uni, France, Etats-Unis) ainsi que le Japon et la Russie, dont les armées bénéficient des progrès d’une révolution industrielle qui n’a pas atteint le territoire chinois, profitent de la faiblesse de la dynastie Qing pour imposer une suite de traités inégaux qui leur permettent d’imposer leur présence et leurs entreprises sur le territoire chinois.
À partir de 1898, un ensemble de sociétés secrètes mystiques et nationalistes, bientôt désignées sous le nom collectif de Poings de la Justice et de la Concorde, « Boxers », agissent contre les étrangers, les symboles de modernité et les chrétiens chinois, multipliant les attaques et les meurtres.
Dans les premières années du XXème siècle, des réformes sont entreprises pour tenter de sauver le système impérial, mais elles viennent cependant trop tard, entrainant la chute des Qing.
Le 10 octobre 1911, le soulèvement de Wuchang constitue le signal du déclenchement de la révolution Xinhai, menée notamment par les membres du Tongmenhui (société secrète); les provinces passent l’une après l’autre sous le contrôle des insurgés. Le 1er janvier 1912, la république de Chine est proclamée, avec Sun Yat-sen comme président provisoire.
Les Triades
Les triades auront aussi, très tôt, une dimension politique. Le premier président de la République de Chine, Sun Yat-sen, était lui-même un « 426 », soit un responsable de la sécurité et de la discipline, de la triade des Trois-Harmonies. Les triades participèrent à une révolte en 1811 qui déboucha sur la défaite des Qing et la proclamation de la République.
Plus tard, Tchang Kaï chek utilisa ses appuis au sein de la Bande Verte, une autre société secrète, pour éliminer les communistes de Shanghai.
La dimension économique des sociétés secrètes connaissait des formes très diverses mais était bien réelle. Les leaders des triades pourvoyaient aux besoins des travailleurs immigrés chinois, tels que les jeux, les alcools, l’opium et les prostituées. Ces commerces étaient alors légaux mais lourdement imposés.
Mais, dès le milieu du 19ème siècle, certains de ses membres avaient rompu avec l’idéal des origines et pratiquaient une violence gratuite au service de leurs seuls intérêts. Des loges de la Triade originelle sont ainsi devenues des gangs de voleurs et d’assassins.
En 1949, les communistes les déclarent hors-la-loi. Elles fuient alors la Chine Populaire pour s’installer à Hong Kong, Macao ou Taïwan. Dès lors, ces sociétés ne sont plus qu’un pâle reflet de leur glorieux passé. Toute leur activité se centre alors autour du crime organisé.
Le rattachement de Hong Kong à la Chine en 1997 a soulevé quelques inquiétudes chez les dirigeants mafieux. Cependant, le gouvernement chinois témoigne d’une étrange mansuétude à l’égard des triades. Ces groupes très riches réinvestissent une large part de leur argent sale sous forme d’investissements en Chine. Ainsi, le ministre de la Sécurité publique chinois d’alors, Tao Siju, a déclaré en 1995 que « les membres des triades ne sont pas tous des gangsters. S’ils sont de bons patriotes, s’ils assurent la prospérité de Hong Kong, nous devons les respecter. » Il a même affirmé que « le gouvernement chinois est heureux de s’unir à eux. » Le rattachement de Hong Kong et de Macao et l’ouverture économique de la Chine, va ainsi permettre aux triades de se réinstaller massivement sur le continent.
Organisation
Les groupements mafieux se divisent en trois niveaux. Au sommet trône un chef nommé Tak khunn, la « tête de dragon ». Il est aussi appelé le ‘Maître de la montagne ». Il donne les grandes orientations à son groupe. Peu de membres connaissent sa véritable identité.
Sous ses ordres, il y a plusieurs responsables. Ils ont conservé les noms traditionnels des officiers de loge.
Le « Bâton rouge », 438, spécialiste en arts martiaux, se charge du respect de la loi interne. Il est le 1er adjoint.
L’« Éventail de papier blanc », 415, s’occupe des finances.
La « Sandale de paille », 432, est le délégué en charge des relations avec les autres triades.
Le « Maître des encens », 426, a la tâche de recruter les membres.
Enfin, les membres les plus nombreux sont les « soldats », 49, qui constituent le bras armé de l’organisation.
Les lanternes bleues ne sont pas désignées par un nombre, car ils ne font pas partie de la triade, même s’ils exécutent tous les ordres possibles et inimaginables.
Plus on descend dans la hiérarchie, plus on retrouve des délinquants « mobiles », comme des délégations qui se déplacent à l’étranger pour créer un réseau mondial.
Intronisation
L’intronisation d’un nouveau membre répond à une cérémonie particulière. On décapite un coq dont le sang est mélangé à un breuvage alcoolisé. Le futur nouveau membre jure alors de rester fidèle à la société. Puis, il s’entaille un doigt et verse quelques gouttes de son sang dans la décoction préparée. Tous les membres présents trempent leurs lèvres dans la coupe afin de sceller sa promesse.
Une mafia bien installée en France
Cette criminalité s’est étendue au monde entier. Elle a suivi les mouvements migratoires au XIX siècle alors que de nombreux chinois cherchent de meilleures conditions de vie à l’étranger, principalement en Amérique du Nord et en Europe.
En début d’année 2023, le renseignement criminel et douanier publiait une note sur la criminalité organisée chinoise en France. Discrète et peu visible, la mafia chinoise serait désormais évaluée à “menace élevée”.
La diaspora chinoise en France serait la plus importante d’Europe. En 2011, on estimait le chiffre à environ 700 000 personnes. Majoritairement présente en Ile de France, également dans les Outre-Mer, notamment en Guyane. En région parisienne, certains lieux possèdent une forte implantation de la population chinoise, comme le « Chinatown » de Paris est le treizième arrondissement de Paris.
La communauté asiatique en France est hétérogène et compte principalement trois ethnies, les Teochew, les Wenzhou et les Dongbei. C’est au sein de ces trois communautés que les triades sont présentes.
Les Teochew sont un « groupe dialectal » originaire de la Province du Guangdong, au sud de la Chine.
La plupart des Teochew de France sont des Teochew du Cambodge, arrivés en France à partir des années 70, dans un contexte politique très troublé.
Entre 1970 et 1990, la France a accueilli 66 000 réfugiés du Cambodge. Parmi eux, on estime à 60 % le nombre de Cambodgiens Teochew.
Les Wenzhou, Wenzhou était un port prospère de traité étranger, qui reste bien préservé de nos jours. La langue et sa culture locale sont très distinctes, non seulement du reste de la Chine, mais aussi des régions avoisinantes : on y parle un dialecte de la famille de langue Wu, très différent du mandarin.
C’est une ville historiquement industrielle et considérée par les Chinois comme une ville riche où l’on pouvait trouver du travail facilement.
Etant située sur le littoral, cette ville est également connue pour ses émigrants qui quittent leur pays d’origine pour l’Europe et les États-Unis. Ils forment la plus importante communauté chinoise de ces trois ethnies.
Les Dongbei
Le Dongbei est une région correspondant à l’ancienne Manchourie située en région autonome de Mongolie Intérieure.
Le Dongbei est riche de gisements houillers, a été industrialisé sous l’occupation japonaise. C’était pour la RPC l’un de ses grands centres industriels, qui a été, à partir des années 2000, touché de plein fouet par la modernisation de l’économie et les privatisations : le taux de chômage y est élevé et de nombreux sites industriels sont très pollués. Ce qui a entraîné une émigration vers d’autres régions de Chine, mais aussi vers l’Europe.
Clans et associations de la mafia chinoise en France
Les organisations criminelles chinoises présentes en France seraient :
La 14K (十四K, Shi Si), originaire du Guangzhou (cantonais) et Hong Kong.
Le Wo group, (Wo Shing Wo ou 和勝和 ), originaire de Hong Kong.
Le Big Circle (Tai Huan Tsai ou 大圈仔 en cantonais), originaire de Hong Kong.
La Sun Yee On (“新義安”).
Articles de presse
En 1998, Libération reprend un article de Roger Faligo « Pourtant, il y a bien des « parrains chinois en France. » qui cite Zahng Xian Lin, alias Chiling, comme le parrain à Belleville de la triade “Soleil Rouge”. Il organisait des filières d’immigration clandestines. Il étend son influence jusque dans les associations venant en aide aux immigrés en situation irrégulière. Il infiltre les associations d’aide et d’assistance à la communauté asiatique en France. Il effectue un fichage des immigrés sous prétexte de constituer des dossiers de régularisation. Le véritable but est de réunir leurs informations personnelles afin de les arnaquer.
En 1991, il fait assassiner un autre parrain de Belleville, Rui Ping. En représailles, les soldats de Rui Ping crèvent les yeux de Chiling. Il aurait survécu mais serait retourné en Chine.
Après cet assassinat et le départ définitif de Chiling, c’est la guerre des clans: enlèvements, rackets sanglants et massacres de prostituées se succèdent. La violence prend le dessus.
La double face du Rongbao
Chaque année, un défilé a lieu dans le XIIIème arrondissement de Paris à l’occasion du Nouvel An chinois un somptueux défilé coloré avec à sa tête des personnages mythologiques. L’envers du décor est moins folklorique.
Une tradition chinoise, celle du yāsuì qián (« 壓歲錢 »). Des petites enveloppes rouges « Hongbao » contenant une certaine somme sont données entre les membres de la famille ou proches.
Toutefois, à l’occasion de la parade du nouvel an organisée à Paris, ces enveloppes sont glissées dans la bouche du dragon du défilé, on dit alors qu’il « mange sa salade ».
Libération dénonce cette pratique dans un article du 7 février 2000 : « Sachant qu’il est possible d’y glisser jusqu’à 10 000 F par coupures de 500, démonstration en fut faite , que la loi anti blanchiment oblige à justifier l’origine de tout dépôt en espèces supérieur à 50 000 F, combien de petites enveloppes rouges peut-on déposer chez son banquier favori ? En quantité illimitée, répond une note de service de la Banque de France, au nom du respect des minorités culturelles. Chaque année, à l’occasion des festivités du nouvel an lunaire, des agents de la banque centrale ont donc la surprise de voir débarquer quelques clients munis d’une valise pleine de petites enveloppes rouges. »
À Hong Kong, ces festivités sont subventionnées par des triades qui récupèrent les fonds par le biais de la danse du dragon qui « mange sa salade ». Les policiers français voient à travers ces festivités un moyen de blanchiment sous couvert de manifestation culturelle.
Un documentaire réalisé par Elvire Berahya-Lazarus au début des années 2010 revient sur le phénomène d’investissement en masse dans bars-tabac par des français d’origine chinoise.
« Quand des asiatiques investissent massivement dans un secteur, cela attire des soupçons. Il apparait l’idée de la résurgence d’une sorte de “mafia”. La prospérité de cette communauté suscite parfois l’idée qu’il y aurait une origine frauduleuse des fonds, voire un lien avec la mafia. »
Le rachat des bars tabac PMU est étroitement surveillé par lLa direction centrale de la Police Judiciaire à Nanterre dispose d’un service spécialisé qui enquête sur les futurs acquéreurs, recherchant les preuves de l’origine des fonds des acquéreurs afin d’éviter une transaction qui soit en réalité du blanchiment d’argent.
Dans son rapport annuel paru en 2013, le SIRASCO (Service d’Information de Renseignement et d’Analyse Stratégique de la Criminalité Organisée) pointe du doigt le fonctionnement autarcique de la mafia chinoise. Celle-ci « délègue le moins possible et ne s’appuie que rarement sur les autres réseaux criminels ». Cette mafia propose ses services à des groupes criminels extérieurs mais pour sa gestion, tout est fait en interne, en autonomie. Opaque, l’univers des réseaux criminels chinois est difficile à pénétrer.
Le problème de l’interprétariat
Ce problème est récurrent. Les échanges en dialectes chinois via des applications chinoises et la plupart des prévenus ne maitrisant pas le français, la lutte est difficile. Trouver des pistes et recueillir des témoignages et aveux est une tâche rendue complexe par le problème de l’interprétation.
La coopération est difficile avec les autorités chinoises contre les réseaux criminels chinois en France. Un juge de Paris, ayant requis l’anonymat, déclarait que « coopérer avec un pays comme la Chine est quasiment impossible. Il y a des raisons culturelles à cela, mais aussi parce que nous ne comprenons pas le processus judiciaire utilisé là-bas (en Chine).
C’est également un problème politique. Le juge souligne le manque de transparence des autorités chinoises, il serait « absolument impossible de s’adresser à eux pour obtenir des pistes d’enquête », car « nous n’avons pas affaire à un système démocratique : là-bas, les organisations criminelles sont souvent associées à la vie publique ».
En 2013, le président de République Populaire de Chine, Xi Jinping, a lancé son projet de « Nouvelle route de la soie ». Ce projet a impliqué des investissements chinois dans 14 ports européens dont Nantes, Le Havre et Dunkerque. Le taux de contrôle de marchandises est faible, environ 5 %, pour garantir la fluidité du trafic. Le manque de contrôles rend les trafics et fraudes aisés. D’après la commission européenne, en 2019, l’écart entre la TVA due et celle qui est réellement perçue était de 13 milliards d’euros pour la France, et 140 milliards pour l’ensemble des États membres de l’UE.
Les autorités chinoises ont connaissance des trafics et fraudes sur son territoire et à l’étranger par ses ressortissants. Mais il apparaît qu’elles ne sont pas disposées à lutter activement contre ces groupes criminels. La coopération devient alors laborieuse alors que l’accent n’est pas mis par la Chine sur la répression de ces fraudes.
Alain Rodier, dans son livre Les Triades, la menace occultée (2012) affirmait que « les triades sont des entités très structurées et motrices pour la société chinoise dans son ensemble.» -« Elles apportent à la Chine un atout majeur dans le développement du pays et sa politique économique à l’international. Une sorte d’« arme secrète » qui permet au pouvoir de Pékin de s’affranchir de toutes les règles édictées tout en n’étant jamais impliqué directement puisque ce sont des « sociétés criminelles » qui sont à la manœuvre ».
Cela permet au gouvernement chinois de ne pas être pointé du doigt pour ses activités et les dérives. L’économie de la Chine à l’échelle internationale fonctionne aussi grâce à ces organisations, ce qui expliquerait la difficulté de coopérer avec les autorités chinoises dans le cadre d’enquêtes sur ces groupes criminels.
Perspectives d’avenir, évolution probable
Les organisations criminelles chinoises sont dotées d’une grande capacité de résilience. On peut supposer qu’à l’avenir ces organisations seront en capacité de s’adapter pour subsister malgré les moyens mis en œuvre pour les réprimer. La Chine n’est pas dans un esprit coopératif avec les autorités occidentales tant qu’elle peut aussi y trouver son compte. Aussi longtemps qu’elle touchera une partie des revenus du crime organisé chinois et que l’ordre n’est pas remis en question par les acteurs criminels, il est probable que les groupes criminels perpétuent leur expansion.
Les mafias les plus connues
Les Yakuza seraient la plus grande organisation de crime organisé sans être pour autant secrète. Ainsi, les clans ont pignon sur rue, sous couvert d’une structure de type associatif. Fin 2013, les Yakuza comptaient près de 58 600 membres.
Dans la terminologie légale japonaise, les yakuza sont appelées bōryokudan (暴力団), « groupe violent ». Les yakuzas considèrent ce terme comme une insulte, car il s’applique à n’importe quel criminel.
Les yakuzas suivent le gokudō (voie chevaleresque) comme la règle de ne pas tuer un « katagari » (personne ne faisant pas partie d’un clan mafieux). Ce code d’honneur traditionnel n’est plus vraiment appliqué.
En 2004, une loi rend responsables les chefs de clans en cas de dommages causés à des personnes ou à des biens. Cette mesure a été prise afin de contrecarrer le chantage et le racket. Cette loi a eu pour conséquence une diminution sensible des effectifs.
D’autres mesures pour désorganiser les yakuzas ont fait craindre que le crime organisé par les yakuzas ne se transforme en une criminalité « désorganisée ».
Chez les yakuzas, le tatouage est une institution au même titre que le doigt coupé.
La Solntsevskaya Bratva en Russie
Originaire de Moscou, s’était spécialisée dans le racket, les enlèvements et les assassinats. Elle tire son nom des Cités-dortoirs du sud de Moscou que l’on appelle Solntsevo.
Ce groupe mafieux serait d’ailleurs protégé par l’Etat russe et le FSB.
Mafias américaines
Elles profitent de la Prohibition dans les années 1920 pour entamer un commerce florissant de l’alcool de contrebande. Dans les années 1950, elles sont connues sous le nom de Cosa Nostra, en infiltrant les syndicats et les industries. Le code de l’omerta, ainsi que leur capacité à corrompre et à intimider toutes personnes leur apporte une grande notoriété dans les milieux mafieux.
13 novembre 2025

Conférence présentée par le général Bernard Thorette, ancien chef d’état-major de l’armée de terre, conseiller d’Etat honoraire
cf. PowerPoint ci-joint
LES ENJEUX
ENJEUX STRATEGIQUES ET DE SECURITE
ENJEUX ENVIRONNEMENTAUX ET CLIMATIQUES
ENJEUX DIPLOMATIQUES ET REGIONAUX
CONFRONTATION D’INFLUENCES (CHINE, AUTRES…)
COOPERATION REGIONALE
ENJEU DE LA POSITION DE LA FRANCE DANS LA ZONE INDO-PACIFIQUE
TERRITOIRE A L’ECARD DE TOUT TRAFIC MARITIME REGULIER
UN ENJEU MAJEUR : LA SORTIE DE CRISE ET L’AVENIR POLITIQUE DU TERRITOIRE
LA CRISE ACTUELLE
LA CRISE ACTUELLE MIROIR D’UN PASSE NON SOLDE
UNE CRISE QUI NOUS INVITE A UN RETOUR DANS LE TEMPS…..
La-Nouvelle-Caledonie-une-terre-encore-francaise-dans-le-Pacifique-SudLe 2 octobre 2025

Conférence présentée par Frances Cowell, économiste, ancienne gestionnaire de fonds d’investissements, consultant en relations internationales et géopolitique, administratrice de l’Institut du Pacifique
Nous nous apprêtons à voyager à l’autre bout du monde, dans un pays où le bas est le haut, la nuit est le jour, l’hiver est l’été, la bonne chance est une malchance et la malchance se révèle providentielle.
Pourquoi y aller ?
Nous voulons comprendre comment les Australiens perçoivent les bouleversements actuels des structures économiques et sécuritaires mondiales. Que signifient-ils pour l’Australie ?
Objectivement : que nous disent les chiffres ? À quel point l’Australie est-elle vulnérable aux perturbations « trumpiennes » ? Sur le plan économique, et sur le plan sécuritaire ?
Subjectivement : que pensent les Australiens ? Leur vision est-elle très différente de la nôtre en Europe ? À quel point sont-ils réalistes quant au monde et à leur place en son sein ? Quels idéaux leur sont chers ?
L’Australie est très, très loin
Quand nous parlons de l’autre côté de la planète, ce n’est pas une exagération. Voler de Paris à Sydney prend 23 heures — davantage encore en comptant les escales de ravitaillement. Traverser le continent, de Sydney à Perth, prend plus de cinq heures et implique trois fuseaux horaires. Visiter le voisin immédiat à Auckland demande trois heures et deux fuseaux horaires. Aller à Singapour, l’escale la plus fréquente, prend plus de huit heures, et la grande ville nord-américaine la plus proche, Los Angeles, est à près de 14 heures de vol.
Non seulement très loin, mais aussi immense
Après des heures à survoler l’océan Indien étincelant, on aperçoit la terre rouge du continent australien et l’on pourrait penser qu’on arrivera bientôt à Sydney. Mais non : six heures plus tard, on survole toujours cette terre rouge, à peine interrompue ici ou là par un lac salé. On est stupéfait de n’avoir quasiment vu aucun signe d’habitation.
Les chiffres confirment cette impression de vide. Avec ses 26 millions d’habitants répartis sur 7,7 millions de kilomètres carrés, l’Australie continentale est à peine plus petite que les 8,1 millions de kilomètres carrés des 48 États contigus des États-Unis, qui comptent une population quinze fois plus élevée. L’Union européenne (avec la Turquie et l’Ukraine) ne couvre que 6,2 millions de kilomètres carrés, mais abrite vingt fois plus de personnes que l’Australie.
Une terre aussi vaste avec si peu de population serait normalement pauvre. Mais non ! L’Australie, avec une population comparable à celle de la Corée du Nord, affiche une richesse — mesurée par le PIB — équivalente à celle de la Corée du Sud, qui compte 52 millions d’habitants. Chaque enfant, femme et homme australien est donc deux fois plus riche qu’un Coréen du Sud.
Comment l’Australie peut-elle être aussi riche ?

Bienvenue au « Lucky Country »
C’est le titre d’un livre publié en 1964 par l’auteur australien Donald Horne. Pour Horne, la richesse des Australiens n’est pas due à leur effort ou à leur ingéniosité, mais à la chance. Il déplorait leur manque de créativité et d’ambition, ainsi que leur désintérêt pour l’art et la tradition intellectuelle.
Pourtant, de nombreux Australiens ont pris l’expression au pied de la lettre, comme une affirmation de leur exceptionnalisme.
Ce que Horne écrivait il y a six décennies est-il encore vrai ?
Partie I — L’économie ouverte (et sa protection)
Comme à l’époque de Horne, et à l’instar d’autres petites économies, l’économie australienne dépend aujourd’hui fortement des exportations : 48 % de sa richesse provient de la vente de biens et services à l’étranger. Pour la Nouvelle-Zélande, la proportion est de 52 %, tandis que pour les grandes économies que sont les États-Unis et l’Union européenne, elle n’est respectivement que de 27 % et 22 %.
La richesse du sol
Mais qu’y a-t-il donc à vendre sur un territoire aussi vaste et aussi vide ?
Très simplement : les richesses du sol. Cette immensité de terre rouge que l’on met six heures à survoler est en grande partie du minerai de fer qui renferme des vastes gisements de charbon, de bauxite et d’autres matières premières. Sous les eaux bleu étincelant au large de ses côtes, les sous-sols recèlent d’immenses réserves de gaz naturel.

Pas moins de 54 % des exportations australiennes sont des produits primaires, dont 29 % sont des produits transformés, incluant produits pharmaceutiques, vin et minerais raffinés, et 17 % sont des services, tels que l’éducation, le tourisme ou la propriété intellectuelle.
N’y aurait-il pas une forte exposition aux tarifs douaniers américains ?

Le marché de la terre
Cela dépend qui achète ces produits.
Ce sont les voisins asiatiques de l’Australie qui achètent 83 % de ses exportations. La Chine à elle seule en achète 38 %.
À titre de comparaison, les États-Unis n’en achètent que 5,4 %.
Lady Luck à la rescousse

Et que représentent ces 5,4 % achetés par les Etats-Unis ?
59 % sont des biens, a priori soumis à un tarif de 10 %. Mais 3 % de ces biens sont de l’or, que Trump exempte des tarifs : il semblerait que le président américain ne souhaite pas que les Américains thésaurisent de l’or. (Ils le font malgré tout — mais c’est une autre histoire.) Les 41 % restants sont des services, que Trump ignore, pour des raisons connues de lui seul — peut-être même pas.
On peut donc calculer l’effet monétaire total des tarifs trumpiens sur l’Australie comme suit :
5,4 % × 56 % × 10 % = 0,3 %
Multiplier cela par le 48 % que représentent les exportations dans le revenu national, et l’on obtient :
pour 100 dollars de PIB australien, les tarifs trumpiens coûtent 0,15 dollar.
Oui, l’Australie est vulnérable aux restrictions commerciales.
Mais ses ressources naturelles et sa proximité avec les immenses marchés asiatiques diluent fortement son exposition aux tarifs américains.
L’effet principal des tarifs trumpiens sur l’Australie est donc indirect, via ses partenaires commerciaux plus vulnérables, notamment la Chine. Le commerce australien pourrait effectivement souffrir d’un ralentissement de la demande intérieure chinoise et, en conséquence, la demande chinoise pour les produits australiens. Mais pour l’instant, les Australiens peuvent hausser les épaules.
Ou presque, comme nous allons le voir.
Insécurité
Conscients de n’être qu’un territoire immense, faiblement peuplé et situé dans un voisinage potentiellement hostile, les Australiens ont instinctivement cherché un “protecteur” extérieur, traditionnellement « Mère Angleterre ».
En 1942, le Japon bombarde Darwin et pénètre brièvement dans le port de Sydney — confirmation brutale de cette vulnérabilité pressentie. (L’image évoquée ici montre un sous-marin japonais biplace capturé dans la baie de Sydney — le célèbre pont, le Harbour Bridge, s’y détache à l’arrière-plan.)
Les Australiens se tournent alors vers leur allié historique. Mais la Grande-Bretagne refuse d’aider : sa « protection » échoue précisément au moment où les forces australiennes se battent en Europe — pour protéger la Grande-Bretagne.
L’Australie se sent trahie et se tourne donc vers les États-Unis, dont elle dépend depuis lors. Mais Roosevelt exige un prix pour son aide, comme nous allons le voir.
Quatre protections. Un seul protecteur
L’Australie est « protégée » par quatre structures de sécurité, toutes centrées sur les États-Unis.
1. ANZUS — Australie, Nouvelle-Zélande, États-Unis (1951)
Un traité comparable à l’OTAN, qui déclare qu’une attaque armée contre un membre serait « dangereuse pour la paix et la sécurité de chacun » et que chaque signataire « agirait pour faire face au danger commun conformément à ses processus constitutionnels ».
Il exige que les parties maintiennent la capacité de résister à une attaque et se consultent sur toute question de sécurité dans le Pacifique.
Les Australiens considèrent ANZUS comme immuable : non pas qu’il soit infaillible, mais que son échec est impensable.
2. Le QUAD — Dialogue quadrilatéral sur la sécurité (Inde, Japon, États-Unis, Australie) — 2004
Principalement un pacte de sécurité maritime, né dans le contexte du tsunami qui a ravagé l’ouest de Sumatra.
3. AUKUS — Australie, Royaume-Uni, États-Unis — 2021
L’accord malheureux sur les sous-marins, destiné à « promouvoir un Indo-Pacifique libre, ouvert, sûr et stable ».
Jugé douteux dès le départ, AUKUS est pour nombre d’Australiens une source de vulnérabilité plutôt que de sécurité.
L’annonce, en juillet 2025, d’une révision américaine potentielle de l’accord a suscité des haussements d’épaules et des « on vous l’avait bien dit ». Certains y voient même une opportunité d’en sortir.
4. Five Eyes — Canada, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, États-Unis, Australie — 1946
Principalement un accord de partage de renseignement, né à l’époque de la menace soviétique. Aujourd’hui, il sert surtout au suivi de la Chine. La position géographique unique de l’Australie en fait un membre indispensable.
Pine Gap, base d’écoute ultra-secrète américaine, demeure le cœur symbolique et stratégique de cette alliance — le « prix » exigé par Roosevelt en 1942.
Pour beaucoup, Pine Gap est la meilleure garantie de protection américaine.
L’isolement australien nourrit un profond sentiment de vulnérabilité.
Mais cette même position stratégique pourrait bien être son atout le plus déterminant.
Un signe très récent d’une possible évolution vers plus d’autonomie stratégique est l’accord signé en octobre 2025 avec la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le plus grand des États insulaires du Pacifique dans l’environnement immédiat de l’Australie.
Partie II — Ce qui inquiète ?
Alors, que pensent les Australiens de Trump et de l’effet de ses politiques sur leur pays ?
Nous en avons interrogé certains. Nous soulignons que notre échantillon n’est pas représentatif de l’ensemble des Australiens : la plupart des personnes interrogées sont de la famille, des amis ou des relations professionnelles ; la majorité ont fait des études supérieures, sont déjà ou presque à la retraite, toutes sont politiquement modérées et vivent dans ou près de grandes villes.
Cinq grands thèmes ont émergé de ces conversations.
Marchés et démocratie
Tous les interlocuteurs, qu’ils soient très diplômés ou non, reconnaissent l’importance du libre-échange pour l’Australie et expriment leur dégoût face aux attaques trumpiennes contre celui-ci.
Bruce, instituteur à la retraite, déclare par exemple : « Les tarifs douaniers n’ont aucun sens. »
Les médias dominants reflètent cette position, avec le Premier ministre Anthony Albanese affirmant qu’il refuse d’imposer des contre-tarifs sur les exportations américaines, car cela ne ferait que pénaliser les consommateurs australiens.
« Nous avons été très clairs… Nous ne considérons pas cela comme l’acte d’un ami. »
L’ancien Premier ministre Paul Keating est encore plus direct :
« Les annonces de tarifs d’aujourd’hui modifient les paramètres géo-économiques du monde et, avec eux, les paramètres géostratégiques mondiaux. »
« Cette annonce sonne le glas effectif de l’OTAN — une rupture qui influencera toutes les autres alliances avec les États-Unis, y compris l’ANZUS avec l’Australie. »
« Ce sera un point de ralliement pour le Sud global. »
Des mots puissants, quand on connaît l’importance que les Australiens accordent à ANZUS.
Un rejet viscéral des atteintes à la démocratie
Encore plus forte est le rejet face à ce qui est perçu comme des attaques contre les institutions démocratiques.
Lynne s’étonne de « l’incompétence grotesque et de la corruption ».
Ophelia est horrifiée par « les restrictions à la liberté d’expression ; elle n’envisagerait même pas de se rendre aux États-Unis. »
Bev estime que ces attaques sont « désastreuses pour les États-Unis et pour le monde. »
Steven se demande « à partir de quel moment les Australiens devraient mettre leurs avoirs à l’abri d’un État totalitaire. »
Helga affirme avoir « commencé à regarder les étiquettes lors de ses achats. Si je peux acheter un produit comparable venant d’un autre pays que les États-Unis, alors je le ferai. »
« Notre système de santé publique est sacré »
La menace que ferait peser Trump sur le Pharmaceutical Benefits Scheme — le programme fédéral de 18 milliards de dollars qui plafonne le coût des médicaments essentiels pour les Australiens — ainsi que son affirmation selon laquelle les Australiens paieraient « trop peu » pour leurs médicaments, déclenchent l’indignation la plus vive.
Helga : « Je suis profondément choquée par les critiques américaines à l’encontre de notre système de santé. Je trouve cela vertigineux. »
Les Australiens peuvent hausser les épaules face aux tarifs douaniers — mais pas face à leur système de santé.
« Le bien triomphera »
Malgré tous les signes menaçants, les Australiens demeurent convaincus que le bien finira par triompher du mal. Mais plutôt que de prendre l’initiative pour protéger activement leurs intérêts, ils semblent espérer collectivement qu’une force extérieure interviendra.
Cette intervention pourrait prendre différentes formes :
les forces du marché, et la fuite des cerveaux qui finirait par affaiblir la prospérité des États-Unis ;
les institutions démocratiques américaines, les fameux checks and balances de la Constitution — le Congrès ou les tribunaux ;
ou encore une tierce puissance, qui empêcherait que le pire n’advienne.
Bruce espère par exemple : « qu’une coordination internationale agira pour contenir Trump. »
Réduction des risques (De-risking)
En même temps, le souvenir et la crainte persistante d’une trahison ou d’un abandon incitent les Australiens à réclamer une approche plus indépendante et plus diversifiée en matière de sécurité.
Steven reconnaît la nécessité de s’aligner sur une puissance plus forte, mais ne sait pas laquelle.
Jan estime que l’Australie devrait diversifier ses alliances, notamment vers l’Asie et l’Europe.
Bruce voit un signe positif dans une opportunité de renforcer les relations avec la Chine et les États du Pacifique.
Ken considère que l’Union européenne est un allié viable.
Les opinions sont particulièrement partagées concernant la Chine.
Le test décisif
Les opinions australiennes sur les politiques trumpiennes ont été mises à l’épreuve lors des élections générales du 3 mai 2025.
Le Premier ministre sortant, Anthony Albanese, très impopulaire, était largement pressenti pour perdre face au chef de l’opposition, Peter Dutton. Mais Dutton s’est rendu encore plus impopulaire qu’Albanese en affichant son alignement sur le président Trump.
Le résultat a été similaire, en plus spectaculaire, à celui de l’élection canadienne quelques semaines plus tôt : non seulement le Premier ministre impopulaire a conservé son poste — comme au Canada — mais Albanese a même augmenté sa majorité.
Peter Dutton a non seulement perdu l’élection, mais aussi son propre siège parlementaire.
Sans être menacés d’annexion forcée aux États-Unis, les Australiens se sont montrés encore plus anti-Trump que les Canadiens.
La somme des contradictions et paradoxes
Réalistes quant à leur dépendance au libre-échange, mais idéalistes quant à la valeur des institutions démocratiques, pragmatiques dès qu’il s’agit de leurs intérêts matériels immédiats — comme nous l’avons vu avec leur attachement au Pharmaceutical Benefits Scheme.
Une foi presque naïve dans l’idée que le bien triomphera du mal coexiste avec un réalisme stratégique sur la nécessité de diversifier les alliances, y compris vers des partenaires moins familiers ou même vers des voisins autrefois perçus comme hostiles.
Dans les urnes, les Australiens ont prouvé leur capacité à sanctionner fermement les dirigeants politiques qui trahissent leurs principes ou leurs intérêts.
À la fois fragiles et résilients ; faibles et forts.
Fragiles, parce qu’ils dépendent fortement du commerce international pour leur prospérité.
Résilients, parce qu’ils possèdent des ressources naturelles stratégiques, grandement convoitées par les marchés asiatiques.
Faibles, parce qu’ils sont éloignés de leurs alliés traditionnels et isolés dans une région potentiellement hostile.
Forts, parce que leur position géostratégique les rend indispensables aux puissants alliés actuels ou futurs.
Les Australiens sont idéalistes, profondément attachés aux principes démocratiques.
Et pourtant réalistes, conscients de la nécessité d’ajuster leurs alliances, y compris au prix d’un éloignement de partenaires historiques.
L’Australie est toujours chanceuse.
Le bas est toujours le haut.
La nuit est toujours le jour.
L’hiver est toujours l’été.
Et la malchance se transforme encore, immanquablement, en bonne fortune.

Conférence présentée par Didier Ortolland, diplomate spécialisé en droit de la mer, membre élu du Comité des Finances de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), assesseur à la Cour nationale du droit d’asile.
Didier Ortolland est l’auteur de l’ouvrage « Les mers de Chine : géopolitique, confrontation et droit international » publié aux éditions L’Harmattan (2024). Médaille de l’Académie de marine, mai 2024.
La conférence débute par un rappel géographique (pourquoi LES mers de Chine ?) qui s’appuie aussi sur des références historiques. En effet Mer de Chine méridionale et Mer de Chine orientale ont une histoire différente depuis notamment le XIXème siècle, et ne présentent pas aujourd’hui les mêmes problèmes sur la scène internationale :
– Question de souveraineté revendiquée pour les îles Paracel et Spratley,
– Questions de définitions et de juridiction par ailleurs: qu’est-ce qu’une île ? Qu’est-ce qu’un archipel ? Quelle est la délimitation du plateau continental ? Quelle est la différence entre un « rocher » et un « haut-fond découvrant » ?
Ces questions spécifiques liées à la géographie sont aussi tributaires des évolutions du droit international, et de la Convention des Nations-Unies sur le droit de la Mer (1982), ratifiée notamment par la Chine avec des réserves, et aujourd’hui dont certaines dispositions sont contestées par la Chine. En matière juridique, il sera utile aussi de se référer à la sentence de la Cour permanente d’arbitrage de 2016 sur le différend entre la Chine et les Philippines.
Au-delà de l’exploitation des ressources halieutiques déjà anciennes, sont apparus des enjeux plus récents liés à l’importance du commerce maritime dans l’économie mondiale, aux perspectives d’exploitation des minerais dans les grands fonds marins, et à la dépendance pour les informations mondiales circulant dans les câbles sous-marins.
Ces questions particulièrement sensibles dans cette région des mers de Chine, abordées de manière très détaillée dans l’ouvrage, ont été présentées durant la conférence, en soulignant les évolutions produites depuis la Guerre froide jusqu’à la période contemporaine qui est dominée par la montée en puissance de la Chine et la rivalité avec les Etats-Unis. En effet, la chine souhaiterait « interdire » ici (dans une zone qu’elle considère comme sienne) la libre circulation des navires étrangers, et notamment occidentaux, – américains, français, japonais -. De plus ses « navires de pêche » de plus en plus nombreux et de plus en plus puissants, mènent des opérations d’intimidation vis-à-vis des navires des Etats voisins (Philippines, Malaisie).
La « ligne des neuf traits » qui sont désormais dix ( ! ) , base ancienne des revendications chinoises (elle est apparue en 1947 à l’époque du Guomintang), est aujourd’hui « doublée » par une deuxième chaîne d’îles plus au large qui permettrait à la Chine certes d’avoir un libre accès total au Pacifique, mais surtout serait un réel obstacle au principe de libre circulation maritime, et isolerait complétement le Japon et la Corée du sud.
Au-delà de ses espaces « proches », la Chine revendique désormais de « nouvelles frontières maritimes » quasiment sur l’ensemble de la planète, notamment avec des tentatives « d’accaparement » dans les régions polaires et la construction de navires brise-glaces.
par Francis Baudu, capitaine de vaisseau (h), Académie de Marine
1 – Le canal de Panama est l’ aboutissement de plus de quatre siècles de quête
Il faut, pour comprendre, rappeler combien la recherche d’ un passage entre océans Atlantique et Pacifique fut une quête longue et obsessionnelle qui dura 450 ans, qui, si elle fit progresser la cartographie, n’aboutit qu’au détroit de Magellan et au Horn comme voies de passage.
1492 : Colomb cherchait une route rapide vers l’Orient. Il trouve le nouveau monde, mais, tout en prétendant toujours qu’il s’ agit de la Chine et du Japon, il exprime déjà le comme Cortes le besoin d’un canal. Pinzón, le « matelot » de Colomb, cherche un passage dans la mer des Antilles, jusqu’à Darien. Stefan Zweig nous explique dans son livre « Amerigo Vespucci » comment un géographe inconnu de St Dié baptisa « Amérique » le continent récemment découvert du nom de cet inconnu qui aurait déjà participé à au moins un voyage à la recherche d’un passage vers la Chine.
1497 : Giovanni Caboto cherche un passage dans la région du Canada.
1513 : Balboa découvre la Mer du Sud (Océan Pacifique). Une voie terrestre va s’ouvrir à travers l’isthme de Panama, qui ouvrira à l’Espagne celle du galion de Manille entre Philippines et Mexique.
Charles Quint soutient la nécessité de creuser un canal au début du XVIème siècle. Magellan en 1520, suggère aussi ce canal.
La quête du passage se poursuit au XVIème siècle avec le Portugais Corte Real (1450-1501), puis le florentin Verrazano (1485-1528) envoyé par le Roi de France, puis Jacques Cartier en 1534, Samuel de Champlain (1570-1635), le fondateur du Québec, qui, passé en 1598 par l’isthme de Panama, avait déjà recommandé le creusement d’un canal.
1520 : Magellan découvre le premier passage. C’est le détroit qui porte son nom.
1603 : création de la VOC, la Compagnie des Indes hollandaises. Sitôt créée, elle impose son monopole de passage par le cap de Bonne Esperance et le détroit de Magellan. En réaction, la ligue des commerçants de la ville hollandaise de HOORN envoie Lemaire pour trouver un deuxième passage. Apres la découverte de l’Ile des Etats (Etats Généraux des Pays-Bas) et du détroit qui porte son nom, il passe un cap qu’il baptise HOORN. Il vient de trouver en 1616 le 2ème passage d’un océan à l’autre.
Cette quête d’un passage est celle de Barents, Hudson, Baffin, Cavelier de la Salle, Franklin, Ross, Bering, Cook, Vancouver, et bien d’autres. Il en résulta la cartographie du continent et la découverte des passages du N. E. et du N.O., impraticables.
2 – Les projets et la construction du canal
Nous venons, ci-dessus, de voir qu’ entre Colomb et le XIXème siècle, l’idée du canal est apparue environ six fois. Mais elle va faire son chemin devant une géographie implacable.
Le Britannique William Patterson obtient le droit, en 1695, de creuser un canal interocéanique à Darien. Un projet éphémère.
Alexander von Humboldt, de la Société de Géographie, relance l’idée, qui aboutira en 1819 à l’autorisation, par l’Espagne, de construire un canal.
En 1839, la république de Nouvelle Grenade, la Colombie aujourd’hui, accorde une concession à une compagnie française d’établir une ligne de communication entre les deux océans, projet qui va piétiner, mais aboutira à une concession de 99 ans par le gouvernement colombien « concession Wyse » en 1878. Lesseps en rachètera les droits. Fort de son expérience du canal de Suez, il veut un canal à niveau contre l’avis de Godin de Lepinay, un ingénieur des Ponts, qui plaide pour un canal à écluses. L’histoire donnera raison à celui-ci, dont le projet incluant des écluses Eiffel, sera repris par les Américains, qui s’affichent d’emblée opposés au projet français.
Premier coup de pioche en 1880, faillite en 1889, scandale de Panama en 1892. L’obstination de Lesseps pour un canal à niveau n’a pu avoir raison du massif de la Culebra au milieu de la péninsule.
1848 sera une année déterminante où monte la pression de l’histoire : annexion de la Californie par les Etats-Unis. L’évènement entraîne vite la ruée vers l’or…la construction d’un chemin de fer au Panama, qui sera terminé en 1855. La carte[1] nous montre que l’entrée de la Californie dans l’Union est un facteur déterminant de l’intérêt des Etats-Unis pour un canal.
1902 : le Congrès décide du rachat des droits de la Compagnie du canal et les Américains reprennent la main.
1903 : une révolution détache le Panama de la Colombie……. orchestrée par les Etats-Unis : le Panama devient indépendant, toutefois un protectorat des Etats-Unis.
1904 : reprise des travaux du canal à écluses[2] (système Lepinay français) et creusement du lac Gatún pour l’alimentation du bief de partage.
1914 : fin des travaux.
Les Etats-Unis ont eu l’exclusivité de la construction, puis de l’exploitation du canal, ainsi qu’un droit d’ingérence dans les affaires intérieures du Panama (ils ont créé ce pays) et la faculté d’intervenir militairement.
La jeune république panaméenne accorde aux Etats-Unis des droits à perpétuité sur le canal et une zone de souveraineté de 8 km de chacun de ses côtés contre une redevance annuelle. Le président Torrijos essaiera en 1973 de s’affranchir des Etats-Unis. Malgré le soutien de l’ONU, il échoue devant le veto américain. Il reprend avec le président Carter avec qui il signe un traité en 1977 de rétrocession du canal au Panama le 1er janvier 2000, contre la neutralité du Panama et le droit des Etats-Unis d’intervenir. Entretemps, des accusations de plans de sabotage du canal par Trojillos ont causé l’invasion du Panama par les Etats-Unis en 1989.
Avril 2025 : les Etats-Unis pourront utiliser des zones désignées autour du canal pour des exercices et des actions humanitaires au titre d’ un accord de trois ans renouvelable qui stipule que les installations sont la propriété du Panama. Une forme dégradée de la situation ante 2000.
La perspective politique de ces épisodes est essentielle à la compréhension de la situation aujourd’hui.
Pourquoi le Panama ? La carte[3] nous répond. C’est la partie la plus étroite de l’isthme qui sépare les deux Amériques. Un cheminement concurrent par le Nicaragua restera, jusqu’à notre époque, un projet.
Pourquoi cette frénésie ? Entre New York et San Francisco, le Canal de Panama fait économiser 8015 milles nautiques, aujourd’hui 23 jours, soit 46 jours aller-retour à 15 nœuds, qui peuvent, selon le marché et le type de navire, représenter plus d’un million de dollars sur le loyer du navire et 5 millions de dollars sur les soutes (combustibles). Au temps de la voile, au moment où le canal a été percé, cela représentait bien plus de temps, et l’arrivée à destination par le Horn était aléatoire. La capacité de transport d’un navire dont la cargaison fait plusieurs milliers de tonnes dépasse de loin celle d’un train qui va beaucoup plus vite mais transporte moins. C’est pourquoi, dans la vision d’une jonction des côtes est et ouest des Etats-Unis, le canal de Panama est un enjeu.
Le canal de Panama voit annuellement transiter environ 5 % du commerce mondial seulement. Ses principaux usagers sont les Etats-Unis et la Chine : 75 % de son trafic est du cabotage américain (voir infra « Jones Act »). Le canal génère un tiers du PIB du Panama. Les bâtiments militaires américains paient des droits de passage réduits et ont priorité de passage.
N’oublions pas non plus que les dimensions du canal ont été décidées en accord avec la marine américaine de façon à permettre le transit des plus grosses unités de l’U.S. Navy d’alors. On imagine le poids pénalisant pour la Marine américaine de devoir passer par le Horn, et le facteur d’affaiblissement que cela constituerait pour les Etats-Unis. Les bâtiments militaires américains bénéficient d’ailleurs d’une procédure de transit accélérée.
Tous ces développements font apparaître une constance qui explique la situation en 2025 : la genèse de l’histoire du canal de Panama ne se comprend que parce qu’elle est contemporaine de la doctrine Monroe. La reprise en mains par les Américains ne s’explique qu’à travers la doctrine du Big Stick, une version durcie de celle de Monroe, celle de Theodore Roosevelt, le président américain d’alors, une version presque molle de la doctrine Monroe façon Trump : America First.
3 – Le Jones act
Cette loi de 1920, défendue par le sénateur républicain Jones, le « Merchant Marine Act », est un élément important dans la compréhension du rapport des Etats-Unis au canal de Panama.
Le sénateur Jones est aussi connu par ses lois sur le durcissement de la Prohibition qui, nous le verrons plus loin, ont eu de gros effets sur le destin du Panama.
Cette loi de 1920 obligeait les navires faisant du cabotage entre ports américains (incluant Alaska, Puerto Rico, Hawaï, Guam, les Aléoutiennes etc….) à être la propriété d’Américains, à être construits aux Etats-Unis, à avoir des équipages au moins 75 % américains, et à être enregistrés sous le pavillon américain.
Bien que très critiquée aux Etats-Unis comme un facteur de coûts, cette loi est en vigueur et le canal de Panama une de ses avenues entre les côtes est et ouest. Elle touche 40 000 navires sous la bannière étoilée.
D’ailleurs, 74 % des marchandises qui transitent par le canal sont américaines.
4 – La Chine et le Panama
Selon le capitaine de vaisseau (RN) Menzies dans son livre « 1421 », les flottes de l’ amiral Zheng He auraient non seulement fait du commerce, mais auraient essaimé des colonies dans la région du Panama, ce qu’ attesteraient des analyses ADN ! Soit.
Revenons en 2025 : sous la pression de Trump, le groupe hongkongais CK Hutchison (anciennement Hutchison Whampoa, créée en 1863), qui possède les deux ports de Cristobal et de Balboa et contrôle donc la consignation, le lamanage, le pilotage, le soutage, le remorquage aux deux extrémités du canal, doit les revendre au groupe américain BlackRock, ce qui est acté au prix de 22,8 milliards de dollars, mettant son président Li Ka-Shing, l’homme le plus riche de Chine, en sérieuse délicatesse avec Xi Jinping qui perd une position particulièrement stratégique dans ses Routes de la Soie. La part de la Chine dans les transits du canal de Panama est 21 %, et la concession d’Hutchison avait été renouvelée pour 25 ans en 2021 ! C’est une totale ingérence de la part des Américains. Mais Xi Jinping a rappellé le vieux tycoon (il a 96 ans !) Monsieur Li à l’ordre, et la vente est désormais en délicatesse.
Les relations avec la Chine (elles existaient déjà avec Taiwan) ont commencé en juin 2017 à l’initiative du gouvernement panaméen, qui, cette même année, rompt les relations diplomatiques avec Taiwan.
Le Panama a été le premier pays latino-américain à adhérer aux Routes de la Soie, dont il se retire le 7 février 2025, simultanément au rachat des actions dans Panama Ports Cy de Hutchison. Le problème n’est pas que les Chinois exploitent le canal, mais toutes leurs implantations dans la région (travaux d’infrastructures, immigration, présence dans la zone franche de Colon), leur offrent beaucoup d’occasions de le bloquer, d’autant que la perspective américaine est que, en cas de conflit de la Chine avec Taiwan, le canal deviendrait stratégique dans une course contre la montre pour envoyer des forces en Asie.
Egalement, le projet d’accord de libre-échange entre le Panama et la Chine est dénoncé, et le projet de chemin de fer vers le Costa Rica, initié par les Chinois, est finalement allé à une entreprise américaine.
Depuis le milieu du XIXème siècle, des communautés chinoises sont installées au Panama, et cette immigration a crû depuis les années 80. Actuellement, la communauté chinoise d’environ 135 000 personnes représente 4 % de la population (militairement, il faut au moins 2 % d’ éléments étrangers par rapport à la population d’un pays pour considérer celui-ci comme « occupé ) ce que les Américains voient logiquement comme un risque de présence d’agents dormants, dont l’action pourrait être soutenue par l’esprit « anti gringo » qui domine au Panama. Alors que le Panama se retire des Routes de la Soie, d’autres pays latino-américains sont aussi agacés par la pression des Etats-Unis sur le Panama : la Colombie, par exemple, vient de rejoindre les Routes de la Soie.
La zone franche de Colon, la deuxième au monde en taille, est approvisionnée principalement par la Chine.
Cela va servir de tremplin à celle-ci pour la pénétration des marchés des caraïbes et sud-américains, dans le domaine financier, aérien, ferroviaire, routier. Une raison pour les Américains d’être alarmés…
5 – El Ninio
La sècheresse sévit depuis 2023. L’alimentation du bief de partage du canal se fait grâce à l’eau provenant d’un lac artificiel de retenue, le lac Gatún essentiellement. Devant la pénurie d’eau de celui-ci, des pompes récupèrent l’ eau libérée par les sassements et la font remonter dans le bief de partage. Cela améliore la situation mais limite quand même le nombre de transits.
Les mécanismes de ce météore, en particulier sa prévision, étant encore peu connus, le pays doit penser à des revenus de substitution
6 – Le registre de pavillon panaméen
Ce registre a été créé en 1917, première année de la « prohibition » aux Etats-Unis., par des armateurs américains de navires à passagers. Nécessairement des navires qui touchaient des ports étrangers, faute de quoi ils auraient été concernés par le Jones Act (voir supra), signifiant que leur seule option serait la bannière étoilée. Pour pouvoir conserver ou attirer des clients, il fallait que la distribution d’alcools soit disponible à bord, ce que ne permettait plus le pavillon des Etats-Unis.
Ces armateurs créèrent donc un registre de pavillon au Panama (il s’agissait désormais d’un pays souverain qui peut délivrer des passeports à ses citoyens et donner sa nationalité à des navires par le pavillon).
A noter que les Etats-Unis portent aussi la paternité du registre du Honduras (United Fruit années 30) et du Liberia.
Si le contournement de la prohibition fut la première finalité du registre de pavillon panaméen, il eut un rôle de camouflage pendant la deuxième guerre mondiale : avant leur propre entrée en guerre, les Etats-Unis expédiaient du matériel à la Grande-Bretagne, ce que leur neutralité ne permettait pas. Il fallait donc un pavillon tiers, neutre, et discret : les Etats-Unis enregistrèrent ces navires dans le registre de pavillon panaméen. Ils n’étaient pas, de ce fait, victimes des sous-marins allemands.
Un mécanisme assez semblable fut utilisé au début de la guerre de Corée.
Pendant la guerre froide, l’OTAN avait un dispositif de mise à disposition de l’Alliance de tous les navires de pavillons des pays membres, plus, pour les USA, ceux sous registre du Panama et du Liberia (concept RERE : Reinforcement/ Resupply).
Puis, comme ce registre était discret, bon marché, et peu exigeant, beaucoup d’armateurs y enregistrèrent leurs navires, y compris des navires dits « poubelles ». Mais l’ensemble des nations, l’IMO (International Maritime Organization) (la branche maritime de l’ONU), l’ITF (le syndicat international des marins) ont réagi. Les navires sous-entretenus, ne se pliant pas aux conventions internationales, exploitant exagérément les marins, n’ont plus accès aux ports du monde industrialisé, dispositifs renforcés par le « Paris MOU » qui permet des inspections à bord. Le règne des « navires-poubelles » est révolu sur presque toute la planète, ce qui met tous les armateurs sur le même niveau concurrentiel. Le pavillon de complaisance, qui accueille peut-être tous les navires, n’est plus synonyme de navire-poubelle. Si un armateur veut employer son navire, il doit se plier aux standards exigés par les conventions internationales et être acceptable aux inspections du « Paris MOU ». De plus, s’il s’agit d’un navire précieux, l’armateur veillera à son entretien. La connotation de registre de complaisance synonyme de navire sous-standardisé tend à disparaître. Un navire de pavillon du Panama est aux mêmes standards que ceux exigés par les nations industrialisées, s’il veut opérer mondialement.
Le Panama est désormais sur la liste blanche de l’IMO et membre de son directoire. Le Panama a radié de son pavillon plusieurs centaines de navires suspectés de contourner les sanctions sur demande de Washington, mais son registre continue à enregistrer de l’ordre de 19 % de la flotte mondiale, soit environ 9200 navires.
Il faut savoir que, à la suite des grèves massives des marins japonais au début de la décennie 1970, le gros de la flotte marchande japonaise est sous pavillon panaméen ou singapourien.
Le registre du Panama est le plus important registre de pavillon du monde.
In fine
On voit de ce qui précède que les USA ont fait l’Etat du Panama, ont creusé le canal, en sont le premier client, on voit qu’ils ont créé le registre de pavillon du Panama.
Avec ou sans la doctrine Monroe, il semble difficile qu’ils ne ressentent un certain sentiment de paternité à l’endroit de ce pays (« philoprogenitiveness » ou « philoprogénitivité » en Français), d’autant que le Panama représente pour eux une énorme vulnérabilité. Cependant, leur brutalité à l’endroit des Amérindiens, illustrée à la bataille de « Wounded Knee », laisse sans illusions sur les moyens de défense de leurs intérêts et était déjà un signe précurseur de la doctrine Monroe et de ses héritières.
Cette courte étude a pris la perspective du regard des Etats-Unis sur le Panama et de ses raisons, sans toutefois les justifier !
Francis Baudu
[1] Cf Annexe 1

[2] Cf Annexe 2

[3] Cf Annexe 3


Depuis le mois de décembre 2024, différentes déclarations du Président Trump ont porté sur le canal de Panama et sur les relations entre les Etats-Unis et l’Etat du Panama.
Le Panama en 2025
Le Docteur Omar Jaén Suarez, géographe et historien, diplomate et négociateur des traités Torrijos-Carter, et ancien ambassadeur du Panama à Paris, nous a fait l’honneur de nous communiquer quatre de ses articles récents portant sur le sujet. Ces articles ont été aimablement traduits par Patrick Boursin, ancien ambassadeur de France au Panama et administrateur de l’Institut du Pacifique. Ces textes sont publiés avec leur aimable autorisation.
1 – Menaces du Président Trump envers Panama. Janvier 2025.
2 – Les Etats-Unis ont-ils des droits sur le Canal de Panama ? Février 2025
3 – Que se passe-t-il entre le Panama et la Chine ? 11 février 2025.
4 – Le Panama et cinq siècles d’évolution du bassin du Pacifique. 15 avril 2025.
1 – Menaces du président Trump envers Panama. Janvier 2025.
Le Président D. Trump a, depuis le 21 décembre dernier, fait des déclarations hallucinantes concernant le Canal de Panama qui ont causé un émoi considérable et un rejet mondial, et qui ont naturellement renforcé l’union des Panaméens pour la défense de leurs droits et de leur intégrité souveraine récupérée à partir de 1979, laquelle mérite le respect.
Le président élu de la superpuissance, en répétant que « les États-Unis d’Amérique reprendraient bientôt le Canal de Panama », fait planer une menace que nous devons considérer avec beaucoup d’attention, car l’alternative d’une remise volontaire du canal par les Panaméens ne sera à aucun moment envisageable. Par la suite, en janvier, l’attaque s’est poursuivie, un possible usage de la force n’étant pas même écarté. D’autres Etats ont de même été menacés : le Canada, le Danemark ( pour le Groenland), et le Mexique.
À l’appui de son ambition, Trump a énoncé des contre-vérités historiques comme celle selon laquelle plus de 38 000 Américains auraient péri durant la construction du canal entre 1904 et 1914 , alors qu’il y en eut quelques centaines à peine parmi les victimes . Le Canal n’est pas un cadeau que nous aurait fait le président Carter. Il est surprenant que le plus haut dirigeant de la superpuissance américaine ignore que les 2/3 des sénateurs de son pays, y compris bon nombre de ceux de son propre parti Républicain, ont ratifié en 1978 les accords Torrijos-Carter prévoyant la disparition de la Zone du Canal le 1er octobre 1979 et la remise de cette zone au Panama le 31 décembre 1999.
Le Président Trump paraît ignorer aussi l’existence du Traité relatif à la Neutralité Permanente et au Fonctionnement du Canal qui dit: « le Panama déclare la neutralité du Canal afin que, en temps de paix aussi bien qu’en temps de guerre, celui-ci demeure sûr et ouvert au passage pacifique des navires de toutes les nations sur un pied de totale égalité, de manière à ce qu’il n’existe aucune discrimination entre les nations, et leurs ressortissants, quant aux conditions et coûts du passage ni pour quelqu’autre motif… ».C’est exactement ce qui s’est passé, en ce qui concerne le Panama, garant dudit pacte bilatéral, dès l’entrée en vigueur en octobre 1979 des Traités Torrijos-Carter.
Le président José Raul Mulino a déclaré le 22 décembre dernier que le Canal « restera aux mains des Panaméens en tant que patrimoine inaliénable de la Nation , et comme garants de son usage pour le transit pacifique et ininterrompu des navires de toutes nationalités, comme le stipule notre Constitution et le Traité de Neutralité». Régime de libre transit qu’aucun pays n’a contesté. Quant au Traité avec les États-Unis, son autre garant, 40 États de la communauté internationale, parmi lesquels les principales puissances maritimes, ont adhéré à son protocole déposé au siège de l’OEA. Entre autres, trois membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Seule la République Populaire de Chine demeure en reste à ce sujet vis à vis du Panama et du monde.
Le président Trump prétend que les droits de péage du Canal sont « ridicules » et « exorbitants » et qu’ils affectent les États-Unis. En réalité, les tarifs sont fixés en concertation avec les principaux usagers du Canal, administré par l’ACP[1] , laquelle agit comme une entreprise commerciale se devant d’être attractive pour ses clients et de bien les traiter. Rapportés à l’énormité de la puissance économique américaine, ces droits de péage ont sur elle un impact insignifiant. Sachant, par ailleurs, que grâce aux travaux d’élargissement du Canal, inaugurés en 2016, afin d’en doubler le trafic et la valeur de ses infrastructures plus que centenaires, et au prix d’un coûteux entretien, le canal est dans un état optimal, mieux administré par les Panaméens qu’il le fut par les Nord-Américains. Soutenir à présent que les Chinois contrôlent le Canal est à l’évidence infondé.
Les intentions réelles du président Trump donnent matière à spéculation. Veut-il donner des gages à sa base extrémiste ou aux grands donateurs de sa campagne ? Relèvent-elles de la rivalité entre les États-Unis et la Chine, puissance montante dont il veut contrer l’influence croissante jusqu’au Panama? De manière plus anecdotique, paye-t-on pour le procès perdu portant sur l’hôtel Trump de Panama, comme ce fut aussi le cas à Toronto? Les motivations sont peut-être multiples et variées. Aucune explication, cependant, n’autorise à menacer ainsi notre pays, ni encore moins à projeter d’intervenir par la force hors du cadre prévu par le Traité de Neutralité ou la Charte des Nations Unies: le coût matériel, moral ou politique en serait très élevé. L’argument fondamental pour que l’Etat-Major Conjoint américain appuie les traités Torrijos-Carter fut sa conviction que l’usage continu et pacifique d’un Canal entre les mains d’un peuple ami importait davantage que sa propriété.
Le résultat pratique de ces menaces du président Trump est que le président Mulino s’en trouve renforcé, pour avoir répondu avec fermeté et dignité, réaction qui a entraîné le sursaut d’unité nationale d’un peuple qui soutient cette position historique. Des menaces qui vont à l’encontre de la voie proclamée par Trump d’un retour à une Amérique à nouveau grande, « rapetissent » et isolent au contraire son pays face à la communauté internationale, à commencer par l’Amérique Latine et le Panama, qui compte parmi ses alliés les plus proches et les plus amicaux pays dans la zone. Des menaces qui à l’inverse consolident le discours des ennemis des États-Unis et portent atteinte à la crédibilité et à la confiance envers la superpuissance qui a plus que jamais besoin d’amis dans un monde toujours plus instable et plus multipolaire, exigeant une paix véritable et la sécurité, objectif principal du Conseil de Sécurité de l’ONU où Panama occupe un siège pour deux ans, depuis le 1er janvier 2025.
Pour neutraliser l’offensive Trump, beaucoup proposent, entre autres actions, de renforcer notre présence internationale, en recourant aussi au multilatéralisme , en commençant par les alliés menacés, stratégie gagnante déjà utilisée en vue de la conclusion des accords Torrijos-Carter.
2 – Les Etats-Unis ont-ils des droits sur le Canal de Panama ? Février 2025.
De nombreuses personnes mal informées ou mal intentionnées parlent, ici et à l’étranger, des droits présumés des États-Unis à s’emparer unilatéralement du canal de Panama. La superpuissance a-t-elle vraiment le droit de le faire ? La réponse catégorique est NON.
Tous les droits que les États-Unis avaient sur la République de Panama depuis 1903 relatifs au canal interocéanique ont disparu lorsque les traités Torrijos-Carter sont entrés en vigueur le 1er octobre 1979, puisque le traité du canal de Panama du 7 septembre 1977 abroge, de son article premier, tous les accords antérieurs.
Dans ce traité, la République du Panama, en tant que souverain territorial, sur la base de ce qu’il est convenu d’appeler la « tabula rasa », a accordé aux États-Unis le droit de réglementer le transit des navires et d’exploiter, d’entretenir, de protéger et de défendre le canal de Panama et d’utiliser à des fins pacifiques, les terres et les eaux pendant la durée de validité dudit traité destiné à diverses activités civiles et militaires convenues. Ces droits ont été éteints sur ce qui restait de terres et d’eaux qui n’étaient pas revenues à la République au cours de la période se terminant à midi le 31 décembre 1999, lorsque le Traité du canal de Panama a expiré. Ce jour-là, le canal lui-même et toutes ses terres et installations ont été transférés à la République du Panama, qui les a mis à la disposition de l’ACP, dont l’existence et le fonctionnement bénéficient d’un titre constitutionnel adopté en 1994.
Le 1er octobre 1979, le Traité relatif à la neutralité permanente du canal et à l’exploitation du canal de Panama est entré en vigueur. Selon l’article II, « le Panama déclare la neutralité du canal afin que, tant en temps de paix qu’en temps de guerre, il puisse rester sûr et ouvert au transit pacifique des navires de toutes les nations, dans des conditions de pleine égalité, afin qu’il n’y ait aucune discrimination à l’encontre d’une nation, de ses citoyens ou de ses sujets concernant les conditions ou les coûts de transit ou pour toute autre raison… Ainsi, ce traité est basé sur le régime de libre transit sans discrimination, qui remplace celui qui a vu le jour dans le Traité Hay-Pauncefote de 1901, intégré dans le Traité Hay-Bunau-Varilla à l’article XVIII. La République du Panama a appliqué la règle anti-discrimination sans exception et fixe des péages en coordination avec ses principaux utilisateurs, en particulier les grandes compagnies maritimes, optimisant ainsi l’attraction des clients. Il est à noter que les navires battant pavillon des États-Unis ne figurent même pas parmi les dix principaux utilisateurs du canal de Panama.
L’article VI du Traité de neutralité stipule que les navires de guerre et les navires auxiliaires des États-Unis « auront le droit de transiter par le canal de manière expéditive ». C’est le SEUL droit que les États-Unis ont ici sur les autres États de la communauté internationale et il a été scrupuleusement respecté jusqu’à aujourd’hui.
Entre-temps, l’article V du Traité de neutralité stipule : « Après la fin du Traité du canal de Panama, seule la République du Panama gérera le canal et maintiendra des forces militaires, des sites de défense et des installations militaires sur son territoire national. » Il s’applique exactement après le 31 décembre 1999.
Nous devons reconnaître l’esprit du Traité de neutralité dont le Panama et les États-Unis sont les garants pour prévenir la manifestation concrète de menaces stratégiques extérieures, telles que des forces armées puissantes qui voudraient empêcher son utilisation par la force ou s’en emparer, ce qui n’a pas été le cas jusqu’à présent et que nous ne prévoyons pas dans un avenir proche.
Dans l’article VII, le Panama et les États-Unis s’engagent à coparrainer dans l’OEA « une résolution qui ouvre à l’adhésion de tous les États du monde le protocole au présent traité, par lequel les signataires adhéreront aux objectifs de ce traité, en s’engageant à respecter le régime de neutralité qui y est établi ». Depuis lors, 40 États, dont les principales puissances économiques, militaires et maritimes, ont adhéré à ce protocole, avec tous les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU à l’exception de la République populaire de Chine, qui a donc une immense dette envers le Panama et le monde entier qui devrait être remboursée le plus rapidement possible.
Toutes les spéculations provenant même de hautes autorités étrangères sur les droits présumés des États-Unis dans la République du Panama concernant le canal interocéanique sont donc démantelées.
3 – Que se passe-t-il entre le Panama et la Chine ? 11 février 2025[2].
Il convient de se rappeler ce que j’ai dit en mai 2023. Alain Peyrefitte publie en France, en 1973, « Quand la Chine s’éveillera… , le monde tremblera » Enfin, la Chine s’est réveillée après deux siècles de léthargie et a fait trembler le monde. Après la mort de Mao Zedong, le plus grand génocide du XXe siècle qui l’a finalement ruinée, une nouvelle direction du Parti communiste chinois a radicalement changé l’orientation archaïque et imposé le capitalisme à tout prix pour créer la deuxième plus grande économie du monde et une classe moyenne avec des centaines de millions de personnes, une infrastructure productive et urbaine moderne et un système éducatif de premier ordre. Il modernise ses forces armées. Il a élevé la Chine au rang de puissance de premier ordre, la seconde, bien que toujours derrière la seule superpuissance, les États-Unis. Il l’a ouverte au monde et aux océans, d’abord au Pacifique.
Malgré l’invasion du Tibet, ses conflits territoriaux avec l’Inde et en mer de Chine méridionale, la République populaire de Chine est-elle un État de consolidation de la paix ? On en doute ! La Chine harcèle et fait également pression militairement sur Taïwan. Face à la menace chinoise, le pacte stratégique entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie a vu le jour en 2021. Aujourd’hui, grâce aux erreurs de Vladimir Poutine, la Chine entraîne la Russie dans une relation de vassalité, tout comme l’Empire chinois l’a fait il y a des siècles avec la péninsule indochinoise.
En 2017, bien que tardivement, nous avons rompu avec Taïwan et établi des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine, ce qui était correct, sans résoudre un problème essentiel. Les Chinois n’ont pas adhéré au protocole du Traité sur la neutralité du canal parce que Taïwan l’avait fait, un prétexte futile, puisque les deux États font également partie, par exemple, de l’APEC.
Depuis 1979, le Traité de neutralité permanente, convenu par notre pays avec les États-Unis, a joué un rôle plutôt dissuasif face aux menaces stratégiques, selon la phrase « realpolitik » du général Torrijos à propos du canal qui serait « sous l’égide du Pentagone », tant vilipendé pour son opposition au régime militaire, une situation qui s’illustre avec l’OTAN à laquelle l’Ukraine voudrait adhérer tandis que la Suède et la Finlande y ont réussi. Cette capacité de dissuasion du traité de neutralité a été renforcée grâce à son protocole, auquel ont adhéré quarante États, y compris les grandes puissances maritimes et militaires, même de tendances politiques opposées. Espérons que le ministère panaméen des Affaires étrangères sera bientôt en mesure d’ajouter d’autres puissances telles que la Chine, l’Indonésie, le Mexique, le Brésil, l’Iran, l’Inde et la Turquie. L’adhésion de la Chine au protocole du Traité de neutralité permanente du canal serait un message très fort de respect pour le Panama.
Nous devons examiner calmement les relations entre le Panama et la Chine et renforcer les relations avec son rival émergent, l’Inde, une économie florissante et une démocratie libérale, un chef de file technologique, qui la surpasse maintenant en termes de population. La visite du président Juan Carlos Varela en Chine (2017) et celle de Xi Jinping au Panama (2018) sont déjà loin. Entre-temps, le gouvernement de Varela a signé des dizaines d’accords de coopération avec la Chine, avec des effets limités. Les échanges commerciaux entre deux puissances aussi inégales sont relativement faibles (en particulier dans la zone franche de Colon). Etait toujours en attente un accord de libre-échange, que le gouvernement de Laurentino Cortizo a tenté de ressusciter, sans succès, depuis 2022. Varela a conclu un pacte avec la Chine selon lequel nous serions un maillon important de la Ceinture et la Route, un accord encore sans effets apparents, dont le renouvellement a été bloqué par le président José Raúl Mulino.
De nombreux États souverains ayant des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine entretiennent des relations économiques actives avec Taïwan et des bureaux commerciaux, ce que le président Varela n’a pas réalisé. Il y a 91 bureaux commerciaux à Taïwan et en Europe, en Afrique, en Asie, en Amérique et en Océanie, alors qu’il est urgent d’en ouvrir au Panama et à Taipei.
L’augmentation de l’influence de la République populaire de Chine dans la région de l’Amérique latine est une source de préoccupation pour beaucoup car elle repose sur une relation de plus en plus forte avec les régimes dictatoriaux qui sont les plus éloignés de la démocratie libérale et de la liberté, à l’exception de Cuba, du Venezuela et du Nicaragua. Les implications géopolitiques sont relativement importantes car l’avancée de la Chine dans la région se produit dans le contexte d’une rivalité croissante et potentiellement dangereuse avec les États-Unis. Nous avons empêché les Chinois d’installer une police clandestine au Panama comme ils l’ont fait dans d’autres pays pour persécuter les opposants chinois, mais nous avons autorisé dans l’Université de Panama l’ouverture de l’Institut Confucius, organisation de propagande d’un État totalitaire, alors qu’il a été exclu de nombreuses autres universités vraiment renommées en Europe, en Australie, aux États-Unis et au Canada.
Le Panama, en tant que clé du Pacifique sur le continent américain avec son canal interocéanique et le principal complexe portuaire d’Amérique latine, est un barrage pour toutes les puissances, en particulier celles qui se trouvent sur les rives du vaste océan. Les tensions croissantes entre une Chine plus agressive sur tous les fronts et les États-Unis, qui menacent même leurs meilleurs alliés, nous obligent à gérer la relation avec la superpuissance et la puissance montante avec plus de prudence pour éviter les dommages collatéraux et profiter d’une situation plus complexe qui évoluera rapidement.
Malgré la présence de la République populaire de Chine au Panama au cours des huit dernières années, personne ici ne l’a jamais vue contrôler le canal interocéanique et ses environs, ni même tenté de le faire, et il n’y a pas non plus un seul soldat chinois sur notre sol. Il n’y a que des entreprises avec des investisseurs privés chinois, comme les « Panama Ports » de comportement déloyal, ou des appels d’offres ont été remportés dans de grands travaux publics tels que le quatrième pont sur le canal. C’est le bilan synthétique que nous pouvons désormais faire calmement, lucidement et prudemment.
4 – Le Panama et cinq siècles d’évolution du bassin du Pacifique. 15 avril 2025[3].
Nous, Panaméens riverains du Pacifique, avons longtemps semblé l’ignorer. Dépositaires exclusifs du canal de Panama – l’une de ses portes fondamentales, au même titre que Singapour en Extrême-Orient –, nous subissons aussi les aléas géopolitiques de cet immense océan qui borde les deux grandes puissances soudainement engagées dans une confrontation intense. La guerre commerciale que le président Trump a déclenchée contre le monde entier semble avoir pour objectif principal de freiner l’ascension fulgurante de la Chine, ce voisin de l’autre côté du Pacifique, qui s’est éveillée avec vigueur il y a déjà quarante ans, après l’effondrement du maoïsme. Résumons à présent cinq siècles d’évolution de la position du Panama dans le Pacifique, devenu progressivement la mer dominante du XXIe siècle.
L’océan Atlantique fut, jusqu’à la seconde moitié du XVIe siècle, une mer ténébreuse, inconnue et dangereuse pour les Européens. L’océan Pacifique, quant à lui, allait se révéler encore plus impressionnant, tant par son immensité que par les difficultés liées à sa navigation et à son exploration. Sa géographie physique ne rappelait rien de ce que les Européens connaissaient alors de la mer Méditerranée – le Mare Nostrum des Romains – ni de sa suite au-delà des Dardanelles, du Pont Euxin (la mer Noire), ni même de l’Atlantique, de nature différente et de taille moindre, dont seules les marges européennes et africaines avaient été explorées, en longeant les côtes. À partir du XVIe siècle, les marins européens vont déployer d’immenses efforts pour mieux connaître le Pacifique, cartographier ses côtes continentales et insulaires, étudier ses courants et ses vents, identifier les dangers de ses fonds marins.
Pendant ce temps, pour l’Extrême-Orient, et plus particulièrement pour la Chine – première puissance mondiale de l’époque –, le Pacifique fut le seul océan qu’elle osa franchir, au XVe siècle, avec les plus grandes flottes jamais vues, celles de Zheng He, atteignant les rives africaines de l’océan Indien, qui baignait les antiques et fastueux royaumes de l’Inde et du Moyen-Orient, ainsi que leurs vassaux d’Indochine, avant que la Chine ne se referme volontairement sur elle-même durant des siècles, rejetant un monde extérieur jugé barbare.
Grâce aux technologies modernes, le Pacifique est aujourd’hui un océan bien connu et la navigation y est plus aisée. La géographie politique de son immense bassin a évolué de manière prodigieuse entre les découvertes faites par les Européens à partir du XVIe siècle jusqu’au XXe siècle, et continue encore aujourd’hui, au XXIe siècle.
Les Européens ont, durant des siècles, déployé les plus grands efforts pour s’approprier, à tous les niveaux, la vaste géographie du Pacifique. Ils ont cherché à l’occuper physiquement et intellectuellement, à l’inscrire sur leurs cartes et atlas nautiques, à nommer ses innombrables accidents géographiques dans les langues des principales puissances, en fonction de leurs navigateurs les plus notoires. L’influence de l’homme sur l’environnement naturel du bassin pacifique a été colossale au cours des cinq derniers siècles. Elle s’est traduite par des impacts sur les populations, la médecine, la couverture végétale, les échanges de plantes et d’animaux qui ont révolutionné l’agriculture sur tous les continents. S’y ajoutent des effets majeurs sur les activités économiques, l’organisation des espaces ruraux et urbains, et une pollution galopante, qui semble incontrôlable.
Alors que les marins portugais s’efforçaient d’explorer et d’exploiter les côtes pacifiques de Malaisie et d’Indonésie dès 1512, à l’autre extrémité de l’immense océan, Vasco Núñez de Balboa, accompagné de ses compagnons espagnols et indigènes, découvrait la mer du Sud en 1513. Peu après débutèrent les expéditions espagnoles dans le golfe de Panama, prélude à d’autres expéditions plus étendues vers le nord et le sud du Pacifique depuis l’isthme panaméen, vers l’Amérique centrale, les côtes colombiennes, et jusqu’au fabuleux empire inca sur les rives de l’Équateur, du Pérou, puis du Chili. Par la suite, ils découvrirent et colonisèrent, à partir du Mexique, les côtes de la Californie, puis plus au nord, les littoraux de la Colombie-Britannique, aujourd’hui le Canada, et de l’Alaska.
L’histoire ne s’arrête pas aux rivages américains de la mer du Sud, où s’élevaient de grandes civilisations et de puissants empires, occupant des millions de kilomètres carrés et peuplés de dizaines de millions d’habitants – faits longtemps ignorés des Européens, tout autant que des peuples d’Asie, d’Océanie, et plus encore d’Afrique. Les navigateurs des puissances européennes – d’abord espagnoles, puis britanniques et françaises – lancèrent de vastes expéditions le long des côtes du Nouveau Monde, qui s’étendirent jusqu’aux régions arctiques. Ils s’acharnèrent à chercher, en vain, le passage maritime rêvé vers l’Orient, sauf en Terre de Feu, à l’extrémité sud de l’Amérique, où s’est produit le premier moment clé de l’épopée balboéenne : le périple de Magellan-Elcano, achevé en 1522, qui inaugura il y a cinq siècles la mondialisation et l’histoire universelle.
Ce furent des efforts gigantesques, menés durant des siècles, avant que les navigateurs et les puissances ne se résignent à la plus évidente des conclusions : l’impossibilité de trouver un passage maritime naturel et direct au cœur de ce vaste continent. Jusqu’à ce qu’ils réussissent à le créer eux-mêmes, dans l’isthme, entre 1881 et 1914. Depuis 2016, nous, Panaméens, avons plus que doublé la capacité de ce canal, aujourd’hui confronté à de nouveaux défis existentiels majeurs. Il ne nous reste qu’à nous unir fermement et à obtenir un soutien international accru afin de surmonter des conflits qui ne sont pas les nôtres et de nous élever rapidement, pour devenir le Singapour – une véritable puissance développée – de la rive américaine du Pacifique.
[1] ACP : Autorité du Canal de Panama : agence gouvernementale en charge de la gestion et de l’exploitation du Canal.
[2] Plus d’informations dans Omar Jaén Suárez, Réflexions sur le Panama et son destin de 1990 à 2024 : www.omarjaen@com.pa
[3] Cf Omar Jaén Suarez : « 500 Ans du Bassin du Pacifique : vers une histoire globale » (Aranjuez-Madrid, 2016).

Article rédigé par Patrick Boursin, ancien ambassadeur, administrateur de l’Institut du Pacifique, qui a assisté à cet évènement.
Du 9 au 13 juin s’est tenu à Nice l’UNOC 3 , autrement dit le Sommet des Océans, co-présidé par la France, pays-hôte, et le Costa Rica.
Prise de conscience des questions environnementales
Il est facile d’ironiser sur la vanité de ce genre de « grand-messe », son empreinte carbone hors du commun etc. Cependant, la focalisation pendant quelques jours des médias du monde entier sur l’état dramatique des océans, les engagements pris au niveau intergouvernemental, même s’ils devaient n’être tenus qu’à moitié, n’en sont pas moins, assurément, une bonne chose, de loin préférable à l’indifférence silencieuse et mortifère qui prévaut largement le reste du temps sur ces sujets cruciaux pour l’avenir à court terme de la planète. Le sommet de la terre de Rio en 1972, l’accord de Paris signé à l’issue de la Cop 21 en 2015 , sont des jalons de la vie internationale qui ont fait bouger les lignes en matière environnementale. Nice s’inscrit dans cette continuité et restera dans les annales comme un moment fort, au bilan non négligeable, ne serait-ce qu’en termes de prise de conscience du grand public.
Un double événement s’est tenu à Nice
D’une part, au port de Nice, un rassemblement officiel de chefs d’Etat ou de gouvernement (64) et de délégations (30 000 délégués) , venus négocier des recommandations finales destinées à être respectées par la communauté internationale. D’autre part , dans le Palais des expositions de la ville, un lieu baptisé « la baleine » ouvert à un large public muni d’accréditations, composé des intervenants aux tables rondes thématiques ( experts, militants écologistes etc.) et de tous ceux venus les entendre et débattre avec eux. Au total 130 000 visiteurs. À titre d’exemple, des personnalités comme Paul Watson, ou le chef Tau Mektutire ou la Directrice Générale de l’Unesco sur le sujet de la pollution plastique en mer, objet d’un important accord.
L’océan Pacifique
Tout ce qui concerne les océans, concerne au premier chef l’océan Pacifique, le plus vaste espace maritime du monde (170 millions de Km2) et partant ceux qui s’y intéressent en particulier.
Les problèmes affectant l’Océan Pacifique sont généralement plus nombreux et plus aigus que partout ailleurs. Pour ce qui est de la Polynésie française, elle devient la plus grande aire marine protégée du monde ( 4,8 millions de km2), une retombée du sommet de Nice dont il faut objectivement se féliciter.
Le 6ème sommet France-Pacifique s’est tenu parallèlement sur place le 10 juin. Sa déclaration finale (https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2025/06/10/declaration-finale-du-6e-sommet-pacifique-france-a-nice) s’apparente à un appel régional commun à la mobilisation générale, centré sur la question climatique.
Au terme de la conférence, les représentants des petits Etats insulaires ont tenu à souligner qu’ils jugeaient insuffisants les résultats de ce 3ème sommet des Nations Unies, estimant que les menaces qui pèsent sur eux n’étaient pas assez prises en compte et ont déclaré décevants les engagements souscrits par les parties signataires. Une réaction de leur part compréhensible, mais qui ne remet pas en cause les avancées globalement positives de la 3ème conférence des Nations Unies sur l’Océan réunie en juin dernier à Nice.
La ratification du Traité de Nice au siège de l’ONU a eu lieu le 23 septembre 2025.
Patrick BOURSIN
Quelques suggestions bibliographiques :
AUBRY Emilie et TETART Frank : La puissance et la mer. Tallandier. 2024.
NIQUET Valérie et PERON-DOISE Marianne : L’Indo-Pacifique, nouveau centre du monde. Tallandier. 2024.
ROUX de BEZIEUX Sabine et VALLETTE Philippe : L’océan en 100 questions. Préserver l’avenir de l’humanité. Tallandier 2025.
« Maîtrise des fonds marins. Défi majeur du XXIème siècle ». Revue Cols bleus. Marine nationale, n° 3115 janvier 2024.
« La mer, la plus grande aventure humaine ». Historia hors-série. Juin-août 2025.