Chine : le Parti communiste accorde les pleins pouvoirs à Xi Jinping

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Le Parti communiste chinois (PCC) a accordé à son secrétaire général, le président Xi Jinping un « rôle central »  lors de la réunion du parti à Pékin cette semaine. Le dirigeant acquiert ainsi le même statut que certains de ses prédécesseurs comme Mao Zedong (1943-1976) ou Deng Xiaoping (1978-1992). Hu Jintao (2002-2012) n’avait, lui, pas obtenu ce titre. Le terme « central » utilisé par le bureau du PCC dans son communiqué pourrait selon les analystes affirmer la suprématie du leader. A l’inverse, la communication officielle relatée par le site peopledaily (Le quotidien du peuple) assure que :

« La démocratie au sein du Parti est essentielle pour le Parti communiste chinois (PCC), et elle est fondamentale pour un environnement politique interne positif et sain. Aucune organisation du Parti ou individu ne doit réprimer ou ébranler la démocratie à l’intérieur du Parti. »

Le sixième plénum qui se réunissait cette semaine avait pour but de revoir les règles de gestion collective du PCC et de renforcer la discipline de cette organisation qui compte 88 millions de membres. Cette réunion est le dernier grand-rendez-vous avant le renouvellement du comité central et d’une partie du bureau politique avant le 19ème congrès du PCC prévu l’année prochaine.

Une rupture depuis Mao

Si de son côté The Economist estime que le titre accordé par les 350 officiels du parti a une portée symbolique, cette annonce pourrait signifier que Xi Jinping veut rester au delà de 2022, date de fin de son mandat de président. Ce qui mettrait à mal le principe d’organisation politique collégiale du Parti depuis la mort de Mao en 1976. Le journaliste Pierre Haski, spécialiste de la Chine expliquait en effet dans un article de Rue89 que Deng Xiaoping, successeur de Mao, avait obtenu que « la fonction de numéro un du Parti et de l’Etat soit limitée à deux mandats de cinq ans et que la direction devienne collégiale et non plus concentrée entre les mains d’un seul homme ».

Un dirigeant omnipotent et « éternel » ?

S’il est encore difficile d’affirmer que Xin Jinping va accroître réellement son emprise sur le PCC, il est clair pour de nombreux spécialistes que cette décision représente un retour en arrière. L’universitaire Willy Lam qui enseigne à l’université chinoise de Hong Kong expliquait sur France Info que « c’est une immense régression pour la réforme politique et institutionnelle », une sorte de retour au « culte de la personnalité ». Selon le spécialiste,« quand on est « central « dans la direction du Parti, on peut être éternel ».

Un homme rempli de contradictions

Reste que Xi Jinping demeure une énigme pour nombre d’observateurs. Interrogé par le Monde, l’universitaire sino-américain Cheng-Li décrit Xi Jinping comme un dirigeant « pétri de contradictions et l’un des dirigeants au monde les plus curieux et les plus complexes qui soient. » Lors de cette réunion, celui qui a été intronisé comme l’homme fort du pays a voulu montré qu’il menait une véritable croisade contre la corruption au sein des instances dirigeantes. Selon la communication officielle relatée dans le journal du soir, plus d’un million de représentants du PCC aurait fait l’objet d’enquête pour corruption depuis que Xi Jinping est arrivé au pouvoir en 2013. 42 officiels auraient été condamnés par les instances du parti. Mais ce type de pratique pourrait également être vu comme une arme pour éliminer les principaux concurrents au sein du PCC, renforçant ainsi sa mainmise sur les organes clés du pouvoir en Chine.

Pour Steve Tsang, professeur à l’université de Nottingham et interrogé par le Wall Street Journal, Xi Jinping « ne s’est pas établi lui même comme l’homme fort, du moins pour l’instant […] Xi est en bonne position … mais pas en position pour imposer sa volonté à la direction » au congrès du parti organisé l’année prochaine, où il devra rivaliser avec ses concurrents pour placer ses alliés aux postes stratégiques dans les instances de direction.

 28/10 – Grégoire Normand – latribune.fr