Fort McMurray, « mini-état pétrolier » sinistré

Les feux de forêts géants qui ravagent la région de Fort McMurray dans l’Alberta contraignent des milliers de personnes à l’exil, et paralysent la production de pétrole issue des sables bitumineux, dans une région déjà dévastée.

Il aura fallu que 1.610 km² carrés de forêts partent en fumée pour que le monde découvre le visage de Fort McMurray, dans le nord de l’Alberta, symbole de l’industrie pétrolière canadienne, et de ses excès. Si la catastrophe contraint ses habitants à fuir par milliers, la région était déjà – bien avant ces feux géants – le théâtre d’une crise économique et environnementale. Découverts dans les années 1970, puis exploités depuis les années 1980, les sables bitumineux de l’Alberta représentent les troisièmes réserves de brut au monde.

L’Alberta, principal producteur du brut canadien

Depuis le 1er mai, les feux de forêts ralentissent l’activité économique de la région, contraignant de nombreux salariés de compagnies pétrolières au chômage technique. Par mesure de sécurité, une dizaine de compagnies pétrolières qui exploitent l’or noir de la région (Suncor, Shell) ont stoppé la production de pétrole issue des sables bitumineux.

Ce ralentissement de l’activité a déjà été chiffré à 1 million de barils par jour retirés du marché, indiquait, dès vendredi à l’AFP, Matt Smith, de ClipperData. D’autres estimations avancent  des chiffres compris entre 600.000 et 800.000 barils par jour. Pour rappel, le Canada en produit 4 millions par jour dont 80% dans l’Alberta.

Chute des cours, explosion du chômage

Mais, dans une région qui ne vit que de ses ressources pétrolières, la chute des prix du pétrole depuis juin 2014 a déjà lourdement endommagé l’économie en Alberta, contraignant les habitants à l’exil, comme le rappelle David Dufresne,réalisateur du webdocumentaire « Fort McMoney » consacré à ce mini-état pétrolier de l’ouest canadien.

En février 2016, l’agence fédérale Statistique Canada rapporte que le taux de chômage s’établit à 7,4% et se situe au-dessus de la moyenne nationale pour la première fois depuis décembre 1988. Les données sur deux ans sont encore plus révélatrices : le chômage est passé de 4% au printemps 2014 à 8% en 2015, puis à 10% aujourd’hui, rappelle Radio Canada.

Baisse de la production, hausse des prix

Cette catastrophe va inexorablement ralentir encore plus l’économie de la région. Il faudra des mois pour reconstruire les infrastructures des zones sinistrées, ont prévenu les autorités. Toutefois, cette situation de crise satisfait les marchés.

Si la chute de 70% des cours du pétrole entre la mi-2014 et le début 2016 est liée à un déséquilibre entre l’offre et la demande estimé à 2 millions de barils par jour (bpj), la baisse du brut canadien pourrait doper les prix pendant quelques jours.

Ce lundi, les cours étaient orientés à la hausse en Asie. Le baril de Brent, référence européenne du brut, pour livraison en juillet, progressait de 51 cents à 45,77 dollars.

09/05 – Sarah Belhadi – http://www.latribune.fr